Pretenders

Pretenders

Le nombre de projets n’arrête pas James Franco, qui semble s’installer durablement derrière la caméra. Ici, on peut le surprendre en train de diriger une romance à trois. Ce triangle amoureux se compose de trois stars montantes du cinéma américain : Jack Kilmer (PALO ALTO, THE NICE GUYS, JOSIE), Jane Levy (SUBURGATORY, EVIL DEAD 2013, DON’T BREATHE) et Shameik Moore (DOPE, SPIDER-MAN NEW GENERATION) et de rôles secondaires ayant pour visages des acteur-rice-s confirmé-e-s : Juno Temple, David Krumholtz, Brian Cox et Dennis Quaid. James Franco sait donc bien s’entourer, et l’alchimie opère très bien dans PRETENDERS. Si bien que le film est rempli de passion, d’amour et de sensualité : aussi bien entre les personnages, pour les personnages, qu’envers l’art et le Cinéma précisément. Loin d’utiliser les références, James Franco évoque ses influences et ses cinéastes favoris pour construire son propre matériel. On y trouve aussi bien Bernardo Bertolucci, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Charlie Chaplin, Federico Fellini, Ingmar Bergman, etc…

Le film se déroule sur 4 temps, telle une courbe scindée en quatre morceaux pour expliquer l’évolution. C’est aussi l’histoire de quatre fenêtres, reflets parfaits de quatre ambiances et tons différent-e-s. La première fenêtre est souvent en plan large, avec de longs rideaux qui s’ondulent et qui laissent passer toute la lumière naturelle provenant de l’extérieur. Mais surtout, cette fenêtre est filmée afin de créer des ombres sur un mur de briques, ou alors pour créer un instant plein de charme entre deux personnages sur un lit situé juste en-dessous de la fenêtre. Cette première fenêtre reflète le premier temps, à l’ambiance joyeuse et au ton léger dans les années 1970. Les mouvements amènent aux rencontres, à exprimer le désir par le regard, à danser aléatoirement sur un lit, à s’aventurer d’espaces en espaces en étant bras-dessus et bras-dessous. Ce sont les mouvements de l’insouciance et de la fougue. Cette première fenêtre met en lumière une jeunesse pleine de rêves et de liberté.

Mais arrive une deuxième fenêtre, moins joyeuse mais plus nuancée. Entrée dans les année 1980, et les mouvements sont soudain plus chaotiques, plus désespérés, plus fébriles. Le temps ne semble plus être abstrait, il est devenu si concret qu’il commence à absorber toute l’énergie des protagonistes. Cette fenêtre est celle où la pluie est survenue, s’est installée sur la vitre en dessinant plusieurs lignes verticales humides, ne permettant pas de distinguer autre chose que du flou dans les lumières extérieurs. Avec une lumière nocturne portée sur le bleu, cette fenêtre est celle de la mélancolie, des regrets, du temps qui passe avec impuissance, des mouvements en pleine désillusion. C’est la fenêtre où, dans le mélodrame, il y a une dispute ou une distance trop conséquente. Tourner le dos à cette fenêtre pour continuer à croire que tout peut s’arranger, ou pour aller voir ailleurs. Sinon, être devant la fenêtre et regarder à l’extérieur avec un regard vide et attristé, ne devenant plus que l’ombre de soi-même.

Cette deuxième fenêtre annonce inévitablement une future chute, un dérèglement. La troisième fenêtre ne déroge pas à ce fil rouge. Avec des rideaux tout blanc couvrant une grande partie des vitres, des murs blancs partout autour, et une lumière du soleil qui reflète uniquement des rayons blancs. C’est bien la fenêtre de la chute, la fenêtre qui évoque la mort. Ici, les corps sont malades, abîmés par le passé, fatigués. Les mouvements sont chaotiques et les êtres disparaissent petit à petit. Cette troisième fenêtre est aussi celle des souvenirs, celle des amours et des désirs perdus dans le temps, pendant que la mort nous rattrape progressivement, jusqu’à s’écrouler sur le sol. Ici les espaces sont plus effrayants, soit plus froids soit plus sombres, le cadre n’offrant pas de moyen de s’en sortir. Cette troisième fenêtre semble retenir les corps, et le cadre n’est plus aussi large qu’auparavant, car le monde est perdu et que la chute est trop importante pour s’y reconnecter.

Quand bien même il faut voyager pour trouver le réconfort, pour essayer de se rattacher aux premiers désirs. Mais les espaces sont de plus en plus angoissants et malaisants. Comme lorsqu’une scène de théâtre est censée apporter le coup final, censée être le happy ending d’une folle histoire. Mais cette scène est surtout l’endroit d’un jeu, l’espace des faux semblants, l’espace de la distance éternelle. Dans ce quatrième temps, il n’y a plus du tout les rires, les désirs, l’envoûtement, la liberté et l’émerveillement des deux premières parties. Ici, tout se résume à partir seul en coulisses, pour sortir par une porte dont la petite fenêtre (une vitre) laisse passer une lumière rouge vif. C’est la fenêtre fantastique, la lumière de l’amour perdu et du sang, la voie vers la disparition d’un idéal. Cette quatrième fenêtre est celle qui, par ces grands escaliers théâtraux vus par un cadre en plongée, trace la voie vers la solitude et vers une quête inaboutie. Les mouvements s’arrêtent et le regard se perd dans un miroir.

PRETENDERS est un film où toutes les fenêtres déterminent une ambiance unique. Quatre fenêtres, quatre temps, pour quatre ambiances et quatre tons. Des fenêtres qui nous permettent de voir autrement les mouvements des personnages, mais aussi les mouvements entre eux. Mouvements de corps et jeux de regards. Parce que le film de James Franco travaille beaucoup sur les regards, ainsi toutes les fenêtres convergent vers une seule : celle qui se définit comme l’écran de cinéma, ou comme le cadre d’une photographie. La fenêtre, comme l’écran de cinéma, comme une photographie exposée dans une galerie, font scintiller et vider (comme l’écriteau du cinéma le Palace, magnifique clin d’oeil au cinéma-théâtre qu’était le Gaumont Palace) les regards selon le temps et l’espace. Cette romance à trois et les arts pratiqués par les protagonistes, sont leurs échappatoires. Mais quand cela se fissure, il ne reste plus que les souvenirs et les images (et mouvements) du passé pour continuer à rêver en pleine chute, vers la lumière qui signe la fin d’un film où s’inscrit « Fin ».

PRETENDERS
Réalisé par James Franco
Scénario de Josh Boone
Avec Jack Kilmer, Jane Levy, Shameik Moore, Juno Temple, David Krumholtz, Brian Cox, Dennis Quaid
États-Unis
1h40

4 / 5

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