Piranha 3D

Piranha 3D

C’est un fait : Alexandre Aja réussit dans son domaine. En l’occurrence les films qui distillent quelques moment d’angoisse bien trouvés. On l’a expérimenté avec La Colline A Des Yeux, avec Mirrors, il refait le coup avec Piranha (3D). Petit (tout petit) hommage aux dents de la mer avec la présence de Richard Dreyfuss, et surtout gros racolage du public masculin à grands renforts de boobs et même nu intégral entre jolies filles sans complexes qui se lâchent lors du « spring break » organisé dans la ville de Lake Victoria. Sauf que le lac en question est infesté de piranhas, récemment libérés d’une faille sismique. Et ils ont faim les petits…

Nous voici donc partis dans un déluge d’eau et de sang, de corps déchiquetés, de membres bouffés (même les plus intimes). Ne cherchez évidemment pas de rebondissement dans le scénario, le but est surtout de faire comprendre aux centaines de jeunes idiots présents qu’ils ne doivent pas aller dans l’eau. Et ce n’est pas gagné.

Sans prétention, Piranha 3D divertit la majorité d’entre nous (disons, surtout les hommes de 16 ans et plus), on sait à quoi s’attendre et l’on serait bien malvenus d’en vouloir autre chose. Sauf une suite. Et c’est fait.

PIRANHA 3D par MG

On l’aime beaucoup, Alexandre Aja. Voir un français se faire une place outre Atlantique dans le cinéma de genre, c’était pas gagné (bon, Leterrier aussi, mais quand on voit le Choc des Titans…). Quelques petites peurs sur un Mirrors pas forcément extraordinaire, et le voici lancé sur son nouveau projet, le remake du Piranha de Joe Dante. Ou résoudre la question : comment réussir un film où des petits poissons mangent les gens, sans passer pour ridicule?

Et Aja réussit très bien, à force de conviction et d’hémoglobines. Comprenez, refaire Piranha est à coup sûr plonger vers l’absurde total, car ce qui était à l’époque (78) plutôt novateur, dans la veine des Dents de la Mer et consorts, est aujourd’hui directement rangé dans la série B d’occasion. Aja a très bien compris cela, et plutôt que de tenter de nous imposer un film d’horreur intelligent, va directement au contact : Piranha 2010 sera fun ou ne sera pas. Il pousse tous les niveaux au maximum pour un film volontairement décérébré et grotesque, mais foncièrement honnête. Et ça marche. Le décor est rapidement posé : un tremblement de terre libérant d’antiques piranhas très très méchant, un spring break décadent où les jeunes américains sont servis comme chair fraiche aux poissons, un tournage de film porno assurant le côté sexy des choses (et donnant droit à une magnifique scène sous marine – pardon maman), jusqu’au héros timide et un peu benêt qui deviendra le héros du jour.

Il ne faut pas oublier qu’Aja n’est plus un débutant, et au-delà de son canevas d’histoire il arrive à imprimer un rythme et sa forme d’histoire (voir le final, ouvert certes, mais plutôt surprenant) pour lancer les choses, qui vont s’écrouler doucement, comme un jeu de domino, suivant la route des fameux poissons carnivores. Ayant désormais sa place au rang des réalisateurs qui comptent, il reprend ici l’ensemble des gimmicks du genre, des jeunes idiots jusqu’au shérif courage (et un beau rôle d’héroïne musclée pour Elisabeth Shue), les blondes à forte poitrine, etc… On a quasiment la liste des victimes d’entrée, et le reste n’est qu’amusement. Blindant son histoire de très nombreux effets spéciaux (sur place ou en numérique, plutôt efficaces à chaque fois), il n’hésite pas à en faire des tonnes, pour notre plus grand plaisir. Et quoi de mieux pour rendre hommage aux bons vieux films des années 80 qu’un panel d’acteurs de l’époque? Il place avec intelligence Richard Dreyfus en intro, Christopher Lloyd en vieux prof (!), Eli Roth en guest humide, Kelly Brooke et Riley Steele pour le côté adulte. Rajouter à cela de bonnes vieilles têtes comme Ving Rhames, Jerry O’Connell, Ricardo Chavira et nous voilà avec un casting de gens qui ont décidés de se lancer dans le grand bain.

Et mine de rien, on se moque un peu des Piranhas, tant que l’eau du lac vire au rouge régulièrement. On en serait presque à se dire que plus loin aurait été trop gore, mais y aura t-il quelques scènes supplémentaires sur le format vidéo? A voir. En attendant, Aja livre une bande sans complexe, extrèmement fun, qui pourrait devenir l’un de ses films qu’on regarde juste pour rigoler. De toute façon, on n’a plus vraiment envie d’aller se baigner…

3.5 / 5