For those in peril

For those in peril

<< Aaron, un jeune marginal vivant au sein d’une communauté isolée en Écosse, est le seul survivant d’un accident de pêche qui a coûté la vie à cinq hommes dont son frère aîné. Poussés par les vieilles légendes et superstitions du coin, les habitants du village le blâment pour cette tragédie et le rejettent. Refusant fermement de croire à la mort de son frère, Aaron part à sa recherche. >>

Un nouveau Mr Wright s’invite dans le cercle du cinéma britannique. Il s’agit ici de Paul Wright. Pour son premier long-métrage, le cinéaste impressionne. Il place la barre des ambitions bien haute. Il mélange déjà le drame et le conte fantastique. Une histoire avec un diable sous la mer. Une légende qui relie la vie et la mort. Dans cette ambition fantastico-dramatique, le plus fascinant reste la poésie dont fait preuve le cinéaste. Car il ne va pas chercher les codes du genre. Il reste toujours dans l’évocation. Mais c’est cette poésie noire qui fait avancer le film.

Dans sa narration, cette poésie joue un rôle important. De la même manière que Alabama Monroe de Felix Von Groeningen, le film subit des aller-retour constants entre présent et passé. Quand on est devant l’écran, on comprend vite que sans ce choix narratif, le film deviendrait vite ennuyeux. Mais surtout, cette narration permet au cinéaste d’explorer plusieurs pistes. Son intrigue se développe autour d’une réflexion intérieure. Une quête de soi-même, la recherche pour combler un manque, la course contre une croyance. Paul Wright arrive, à travers son montage, à nous offrir toutes ces réflexions.

L’évolution de l’intrigue au présent est très ciblée dans le tragique. Bien que le dénouement, tourné en gâchis, n’est qu’un souffle écrit à l’arrache pour finir sa narration. Le drame vient surtout quand le cinéaste touche aux liens familiaux. En effet, l’histoire trouve son intérêt dans l’intimité des personnages. Cela prouve une nouvelle fois que l’intime permet, au mieux, de capter la personnalité d’un personnage. Et qui dit drame britannique, dit forcément une portée sociale. Paul Wright parle aussi de la marginalité. De ces gens laissés de côté à cause d’une idée générale.

Cela conduira le personnage principal à des réflexions personnelles. Et notamment à des souvenirs qui reviennent petit à petit. Il se remémore son frère, décédé dans l’accident dont il est le seul survivant. Ainsi, le film nous fait entrer dans l’esprit du personnage. C’est la dimension expérimentale du film qui arrive. Avec ses images dignes des plus mauvaises vidéos (caméscope amateur, téléphones portables, etc…), le cinéaste nous invite dans l’univers de son personnage principal. Une aventure expérimentale composée de filtres, d’une bande sonore très appuyée, de passages flous assumés, etc… Comme si l’intérieur du protagoniste est d’une banalité pourtant bien complexe.

Ce mélange du drame au présent et de la dimension expérimentale au passé résulte d’un point de vue honnête. Paul Wright enferme constamment son personnage. Avec un cadre très souvent rapproché, allant même jusqu’à la taille, on y voit peu de plans moyens du personnage principal. Le jeune Aaron est enfermé dans une prison. Celle que lui a réservé le destin. D’une part, la prison sociale, avec tous ces habitants le rejettant. Il ne pourra jamais revenir comme auparavant. Ensuite, il est enfermé dans ses regrets et sa quête.

Cette quête augmente en violence tout au long du film. De ce fait, cette grande prison du destin est bien cruelle. On s’attache vite au protagoniste Aaron. Le cinéaste fait tout pour. Avec cette société qui se montre froide envers lui. Et cette approche glaciale et crue se ressent à l’esthétique. Il ne fait jamais très beau dans ce film. Soit on est dans les bois la nuit, soit la mer est déchaînée, soit le ciel est très gris. La fameuse malédiction endiablée de l’intrigue est dans l’esthétique du film. Comme si les personnages vivaient déjà en enfer. Comme s’ils étaient déjà dans les bras de la faucheuse.

Le film devient alors, et très vite, une sorte de chronique d’un village isolé. Là où un jeune homme devient fou après avoir survécu à un accident de pêche. Même si le film se révèle être légèrement trop long, étirant quelques scènes en longueur, il n’en reste pas moins hypnotisant. On sent ici une peur sociale, un enfermement dans des idéologies, un enfermement dans les règles, une peur du changement. Même si les personnages secondaires n’apportent, au fond, pas énormément à l’évolution de l’intrigue. On sent tout de même une volonté de frapper fort pour un premier long-métrage. Nouveau cinéaste britannique à suivre !

3.5 / 5

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