Patients

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Un peu partout dans le monde cinématographique, il y a des gens qui ne sont pas du métier qui s’y essayent. On peut parler des humoristes, des musiciens, des écrivains, des journalistes, etc… Il y a toujours eu une envie de passer au Cinéma, que ce soit à la réalisation ou à l’acting. Beaucoup s’y sont égarés (en espérant ne pas les voir y revenir) et beaucoup ont connu le succès. Si on prend le cas présent de Grand Corps Malade, il est bon de prédire un succès au box office. Bien qu’il ne soit qu’à la co-réalisation avec Mehdi Idir, le duo montre des intentions louables et on reconnaît facilement la patte de Grand Corps Malade. Un film adapté de son propre livre, qui souligne aussi discrètement possible (et tant mieux) la grande part autobiographique. Sans larmoyance, le long-métrage prend du recul et ne fait qu’accompagner ses protagonistes dans ce temps étiré (qui n’en finit pas, comme un piège éternel).

Le long-métrage dégage ainsi une grande sérénité, parce qu’il agit dans chaque scène avec la plus ample modestie possible. Après tout, c’est une comédie dramatique, il ne faut pas trop demander à ce type de film. Le duo de réalisateurs se contentent alors de dérouler tranquillement leur tapis, afin de donner des éléments clés petit à petit. Rien n’est laissé au hasard, l’humilité se trouve dans les petits détails. Le film n’a aucunement l’ambition de faire imploser une grosse intrigue : les personnages secondaires sont tout aussi attachants, bouleversants et développés que le protagoniste. Grand Corps Malade et Mehdi Idir recherchent l’intimité, dans laquelle s’inscrit directement l’attachement à un collectif, à une convivialité.

C’est avec bienveillance qu’ils arrivent à l’effectuer. Pas avec brio, car l’esthétique manque terriblement de rythme et d’identité malgré de multiples jolies fulgurances (un travelling plan-séquence magnifique pour diluer les ellipses, puis un travelling arrière cuté lorsque deux amants discutent seuls dans un couloir, etc…). Cependant, la caméra fonctionne tout de même comme un ami supplémentaire, une sorte d’ami immatériel qui cherche à accompagner les personnages dans leur espoir et leur souffrance. C’est parce que la caméra est proche d’eux, que le film est bienveillant. Mais aussi parce que le duo de réalisateurs arrive à intégrer une dose d’humour (entre la dérision et l’humour noir), très bien contrôlée et qui ne prend pas trop de place, qui renforce la dimension humaine du long-métrage.

Surtout que, même si l’esthétique ne le montre pas assez bien, la mise en scène réussit à capter l’essence de l’espace. Ce centre de rééducation est à la fois un catalyseur et un gouffre. Bien que le film multiplie les bouleversements narratifs, comme empilés les uns sur les autres (avec une certaine subtilité d’enchaînement dans le montage), l’espace du centre est approché comme un enfermement où les murs n’en finissent plus de signaler la dépendance et l’incapacité partielle des corps. Toutefois, les longs couloirs et les instants immobiles de discussion en groupe, font de cet espace une source de vitalité et d’émotions. La façon de toujours filmer les discussions face à des murs, ou de filmer les déplacements face à une sortie de couloir, est une manière de montrer par à-coups que cet espace est un souvenir perpétuel du passé mais également une réflexion / un travail sur l’avenir.

PATIENTS est un bon film sympathique, qui a beaucoup à dire sur la bienveillance et la solidarité, mais également sur l’espoir et la manière de vivre. Pour cela, l’approche esthétique est peut-être trop irrégulière, mais la bande originale arrive à combler à plusieurs reprises ces moments désordonnés. Finalement, les exercices et les fauteuils roulants ne sont qu’un contexte, un prétexte pour mener à la réelle intention : relancer la discussion et la fraternité (ainsi que l’amour) autour d’une situation collective et d’un espace pas toujours facile à appréhender.

PATIENTS de Grand Corps Malade et Mehdi Idir.
Avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly, Nailia Harzoune, Franck Falise, Yannick Rennier, Jason Divengele, Rabah Aït Ouyahia, Dominique Blanc.
France – 110 minutes – sortie le 1er Mars 2017

3.5 / 5

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