Oleg

Oleg

Le Cinéma est politique, et c’est certain. Le Cinéma parle aussi bien de la politique que du politique. C’est ce que fait Juris Kursietis avec OLEG : il fait le portrait d’Oleg, immigré letton en Belgique, et il fait un constat sur la situation des immigrés dans l’Union Européenne. Le film en est à la fois bouleversant et très poignant. Déjà par son récit, car Oleg est un personnage doux, gentil et déterminé. Mais sa gentillesse va lui poser de nombreux problèmes, jusqu’à finir exploité par un criminel et incompris des forces de l’ordre. En allant encore plus loin, en creusant davantage le personnage, Oleg est considéré comme non-citoyen en Lettonie. Il s’agit des personnages qui n’ont pas obtenu la nationalité lettone à la suite de l’éclatement de l’URSS, et qui n’ont pas de racines généalogiques lettones avant 1940. Ainsi, il part en Belgique pour trouver du travail et envoyer de l’argent à sa famille. On peut trouver dans OLEG des échos à SEULE À MON MARIAGE de Marta Bergman, sorti en Avril dernier.

Toutefois, le film de Juris Kursietis n’est pas du tout dans la tendresse, dans l’amour et dans la poésie. Déjà par la caméra à l’épaule, le cinéaste crée une ambiance toujours suspendue à une tension. Celle-ci ne faiblit jamais, car le cadre montre Oleg en confrontation permanente avec son destin, mais aussi en confrontation avec les personnes qui l’entourent. Dès le début du film, Juris Kursietis utilise la caméra à l’épaule pour introduire et exposer son protagoniste. Même dans son métier de prédilection (boucher, découpeur de viandes), Oleg donne énormément d’énergie à la tâche. C’est ce tempo que le cinéaste donne à tout son film, entre dynamisme et mouvements calculés. Alors que la caméra virevolte autour d’Oleg, celui-ci subit les situations.

Une tension également exercée par la mise en scène, qui mélange habilement l’errance et l’impuissance de la soumission. Dans sa détermination, il y a les premiers mouvements de la rébellion, mais Oleg finit toujours par s’échouer contre des murs, contre des corps menaçants. Dans son errance, Oleg va d’espaces en espaces, en quête d’espoirs et d’opportunités, rapidement balayé-e-s par l’orgueil, la nuisibilité et la trahison des personnages auxquels il donne sa confiance très facilement. Au fond, Oleg est le personnage le plus humain et le plus chaleureux du film, mais il est impuissant face à la cruauté de la solitude et à la méfiance des regards. Oleg est comme un fantôme au final, le fantôme d’un être humain qui n’existe plus au-delà de son emprisonnement psychologique et physique.

Une mise en scène accompagnée par une bande originale envoûtante, très mélancolique et sombre, comme un chant ayant lieu à un autel d’église pour évoquer la mort imminente. Malgré cela, le film se renferme beaucoup sur cette tension et sur cette impuissance, et manque d’ouvrir son cadre davantage. Toute la première partie du film, avant l’installation d’Oleg chez le criminel Andrzej qui devient en quelque sorte son patron, est très intéressante car elle crée à la fois une proximité nécessaire avec Oleg et elle saisit l’atmosphère générale qui l’entoure (les regards sur le politique et sur la politique). Sauf qu’après cela, Juris Kursietis se focalise de plus en plus sur la relation entre Oleg et Andrzej, et le film devient un thriller pur. Dès lors, le film a du mal à retrouver l’influence de l’environnement, devenant un pur film de criminels et effaçant petit à petit son sujet de départ.


OLEG
Réalisation Juris Kursietis
Scénario Juris Kursietis, Liga Celma-Kursiete, Kaspars Odins
Casting Valentin Novopolskij, Dawid Ogrodnik, Anna Prochniak, Guna Zarina, Adam Szyszkowski
Pays Lettonie, Lituanie, Belgique, France
Durée 1h41
Sortie 30 Octobre 2019

3.5 / 5

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