Nous le peuple

Nous le peuple

Après LES ARRIVANTS (2009) et LES RÈGLES DU JEU (2014), Claudine Bories & Patriche Chagnard continue leur travail en duo dans la même lignée du propos politique. C’est un discours révolté et désillusionné qui traverse à nouveau NOUS LE PEUPLE. Telle une trilogie tragique, qui met au cœur du regard le social, et au cœur du cadre la sincérité du naturel. Mais bien plus que la tentative de participer au débat démocratique, dont on suppose déjà l’issue sans réelle surprise, le documentaire crée sa fiction grâce au travail de l’association d’éducation populaire. Entre trois communes (Fleury-Mérogis, Villeneuve-Sainte-Georges, Sarcelles), le documentaire s’attarde sur ces personnes qui sortent de leur triste et cruel quotidien, pour remplir une volonté de démocratie, et pour se rencontrer virtuellement.

Le documentaire réussit à faire sortir ces personnes et leurs corps de leur « enfermement », qu’il soit les cellules de prisons, les quartiers pauvres ou les collèges/lycées, que le film ne montre pourtant jamais. L’essentiel du documentaire se déroule dans d’autres espaces, dans des salles de réunions ou des salles communes. Ces rencontres virtuelles permettent à ces personnes de trouver des allié-e-s dans le combat qu’ils/elles souhaitent mener. Autour d’une idée, NOUS LE PEUPLE réunit des personnes qui sont constamment et consciemment marginalisées. Ainsi, Claudine Bories & Patriche Chagnard vont chercher la parole ailleurs que dans la rue, montrent que la colère n’est pas que dans la rue, et qu’elle est présente partout. Surtout chez les personnes qui sont laissés pour compte. En suivant avec rigueur l’évolution de l’action portée par l’association, le duo de cinéastes donne une importance considérable, méritée et logique à ceux & celles que l’on entend jamais (la fin du film le prouvera encore).

Pour cela, Claudine Bories & Patriche Chagnard n’hésitent pas à faire durer les scènes d’échanges de la parole. Ils prennent le temps de la distiller dans le montage, de montrer sa forte variété et distribution, afin de couvrir une grande partie la plus honnête possible de chaque idée, participation, critique, synthèse, etc… Grâce à cela, ces personnes que l’on entend jamais peuvent être écoutées, poussées vers l’action de penser et imaginer l’avenir. L’imagination a aussi sa part d’importance, car le montage crée une autre petite part de fiction, en prenant soin de souligner la distance permanente entre les élu-e-s et les personnes marginalisées. Même lors d’une scène où ils sont tou-te-s dans une même pièce, les élu-e-s sont filmé-e-s en contre-champ et deviennent spectateur-rice-s de la parole. Il y a une forme d’opposition de la parole, même dans la brève idée d’opposer les captations à l’Assemblée Nationale avec les personnes marginalisées qui travaillent ensemble. Cependant, même si le documentaire réussit à mettre en avant ces paroles, l’extension de la parole crée un flux trop important d’idées et de propositions, qui finissent par se dissiper dans le temps. Ce qui procure malheureusement au film un rythme assez brouillon, sans réelle structure de montage.


NOUS LE PEUPLE
Réalisé par Claudine Bories, Patrice Chagnard
France
1h39
18 Septembre 2019

3 / 5

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