Notre-Dame du Nil

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FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D’AMIENS 2019 – Coup de Coeur

Après TERRE ET CENDRES (2005) et SYNGUÉ SABOUR – PIERRE DE PATIENCE (2013) tous deux adaptés de ses propres romans, Atiq Rahimi nous revient cette fois avec l’adaptation d’un roman écrit par quelqu’un d’autre. Récipiendaire du Prix Renaudot 2012, NOTRE-DAME DU NIL est d’abord un roman de Scholastique Mukasonga. Cette fois, il ne s’agit plus d’un temps présent, mais d’un récit au passé. Le film, donc comme le roman, conte l’histoire de jeunes filles rwandaises étudiant et grandissant dans un institut catholique en 1973. Mais comme dans les précédents films et romans, il y a une guerre qui éclate et se déroule dans le hors-champ (un coup d’état, qui oppose les Tutsis et les Hutu).

Comme dans ses films précédents, Atiq Rahimi ne parle pas directement de la guerre, mais pose un regard sur la jeunesse. Alors que la vie dans l’institut semble paisible, agréable et idéale d’un point de vue spirituel, la mise en scène montre progressivement le contraire. Petit à petit, le cinéaste intègre les éléments perturbateurs du roman, les distillant comme des graines qui poussent lentement mais avec détermination. Alors qu’elles partagent le même dortoir, et qu’elles ont toutes le même rêve de réussite, les querelles et les coup bas naissent au sein de cet institut. Comme si cette dramaturgie de la jeunesse est un miroir de l’opposition entre les Tutsis et les Hutu. Reflet du conflit au sein du pays, l’école voir grandir des discordes entre jeunes filles. Plus l’ambiance devient tragique et de moins en moins paisible, plus la violence qui s’installe est la conséquence de la perte de l’enfance. Plus le récit progresse, plus les jeunes filles grandissent trop rapidement jusqu’à se comporter comme des adultes, à mener des groupes.

NOTRE-DAME DU NIL est alors un récit d’émancipation, à la fois physique et psychologique. Amenées à penser et agir comme des adultes qui prennent part au conflit (que ce soit en soutien ou en opposition au coup d’état), les jeunes filles délaissent progressivement les problématiques d’éducation pour se donner entièrement aux problématiques de leur condition (en tant que femmes, et en tant que citoyennes). Ainsi, Atiq Rahimi procure plusieurs tempos, plusieurs registres à son film. Il y a toujours un temps pour exprimer le désir, un temps pour le bouillonnement intérieur, un temps pour la parole (mais aussi pour ne plus l’écouter), un temps pour la détresse, un temps pour la violence. Dans la mise en scène, le cinéaste nous fait comprendre qu’il est n’est pas question d’essayer de sauver quoi que ce soit, mais nous fait comprendre qu’il y a une certaine fatalité tragique dans le destin des jeunes filles. Comme si leur enfance s’arrête brutalement, et que le mouvement de conflit les absorbe.

Tout peut se résumer à un objet : la statue de Notre-Dame, située non loin de l’institut, symbolise à la fois la colonisation et la perte d’identité ressentie par certaines adolescentes. Trois gestes esthétiques entourent cette statue qui attirent la passion, les convoitises, les querelles des adolescentes. Le premier geste consiste à ouvrir le cadre le plus possible, pour éviter le huis-clos total. Atiq Rahimi réussit à nous faire découvrir de nouveaux espaces, qui entourent l’institut, dans lesquels s’aventurent les adolescentes. Mais surtout, c’est une manière d’ouvrir des opportunités d’échappatoires à ces adolescentes. Mais voilà, il y a le deuxième geste, qui filme les espaces comme des obstacles permanents. Pendant tout le film, que ce soit à l’intérieur de l’institut, au chemin pour accéder à la statue, etc…, il s’agit de grimper les espaces. NOTRE-DAME DU NIL montre des personnages toujours en train de grimper, dans le don de son physique pour atteindre un objectif psychologique. Une belle manière d’évoquer l’élévation intellectuelle, qui cependant contribue à la perte de l’enfance et de l’insouciance. Le troisième et dernier geste consiste à composer les images qui montrent les deux autres gestes.

Atiq Rahimi, dans toute sa bienveillance et son amour des personnages, ne condamne aucun personnage et explore surtout les tourments intimes. Pour cela, les images sont dotées d’une photographie lumineuse, où la beauté des espaces et la fragilité des adolescentes sont largement mises en valeur. Toutefois, à travers les différents tempos distillés dans le montage, le cinéaste réussit subtilement à faire le portrait d’une poésie cruelle, celle qui révèle l’impuissance du regard qui ne peut qu’observer avec tendresse et tristesse les événements. Parce qu’au fond, NOTRE-DAME DU NIL est un film d’une grande poésie, qui fait le portrait d’une tragédie sociale qui fait disparaître toute la fragilité de l’enfance.


NOTRE-DAME DU NIL
Réalisation Atiq Rahimi
Scénario Atiq Rahimi, Ramata Sy, d’après l’oeuvre de Scholastique Mukasonga
Casting Amanda Mugabekazi, Albina Kirenga, Malaika Uwamahoro, Clariella Bizimana, Belinda Rubango, Pascal Greggory
Pays France, Belgique, Rwanda
Distribution Bac Films
Durée 1h30
Sortie 5 Février 2020

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