Nos vies formidables

Nos vies formidables

Il y a un thème qui revient souvent au cinéma, celui où la fiction permet à des personnages de se reconstruire. Celui où le film se concentre sur l’après, sur les conséquences de certains actes, pour ensuite tenter la reconstruction. Cette idée nécessite la présence de nombreux personnages, car la reconstruction d’un-e protagoniste arrive avec le partage et donc la relation avec autrui. Avec la reconstruction personnelle, il y a le développement de personnages qui (re)construisent des liens. Et quand bien même NOS VIES FORMIDABLES a une protagoniste, un personnage davantage mis en avant que les autres (la tare du cinéma de fiction), les personnages secondaires (qui constituent le collectif de « patients » autour de Julie Moulier) ont aussi leur part de complexité. C’est bel et bien un film de collectif, un film où chaque personnage et chaque performance s’appuie sur les autres personnages et performances. Comme si chaque attitude répond à une autre, pour que ce collectif puisse se reconstruire en même temps.

L’avantage de Fabienne Godet est d’avoir adopté une méthode de travail qui mélange une démarche documentaire (suivre des réunions), une mise en scène très théâtrale et une liberté d’interprétation qui laisse place à l’improvisation. Et donc, comme le récit l’impose dans le parcours d’une reconstruction, le collectif se base sur la vérité et sur l’authenticité. Le problème majeur de NOS VIES FORMIDABLES est son récit par à-coups, sa manière de casser le rythme par ses chapitres, et en cherchant absolument le « temps qui passe ». Trop épisodique, le film creuse les complexités et les soucis intimes de ses personnages par le temps, et ne les embrasse pas sur l’instant. Entre la création du collectif et le final joyeux (évidemment), il y a une centaine de petites choses qui se passent, qui alimentent la solidarité du collectif, mais qui ne font jamais progresser la reconstruction personnelle. NOS VIES FORMIDABLES vaut donc surtout pour ses moments collectifs, pour sa vie groupe, que pour ses récits personnels et la lutte contre l’addiction. C’est donc la bienveillance d’un groupe qui ressort avant tout autre chose. Par la confrontation et la libération de la parole, le groupe est la vraie âme du film. Fabienne Godet a compris que les scènes hors thérapie sont celles qui fonctionnent le mieux et qui illuminent le rapport avec autrui, tout en laissant la reconstruction personnelle se décortiquer dans le temps.

Une temporalité profondément transparente et brouillonne, qui n’a pas d’impact sur le collectif. Tout simplement parce que l’unité de lieu permet de rapprocher les corps et les regards. Le huis-clos permet une valse des corps et des pensées, tantôt dans la mélancolie – la joie – la tristesse – la colère – la comédie, etc… Mais s’il y a une chose à retenir absolument de ce huis-clos, c’est la notion de solidarité qui s’instaure petit à petit. En ne filmant que très rarement les personnages individuellement (seule la protagoniste y a le droit, évidemment…), Fabienne Godet fait de son cadre un facteur de rassemblement. Rien ne se passe hors-champ, et toute la reconstruction se déroule dans le cadre. La caméra accompagne et soutient constamment les personnages, avec un groupe qui finit par prendre possession de l’espace. Le huis-clos n’est alors jamais oppressant, il est le noyau d’émotions qui se mettent à renaître. Pour cela, NOS VIES FORMIDABLES adopte une esthétique lumineuse et douce, qui favorise les sensations à chaque étape de la reconstruction. Ce n’est pas non plus un film sensoriel, mais la démarche documentaire donne au film un aspect délicat, léger et profondément humain. Une esthétique lumineuse et douce, avec des mouvements de cadre lents ou des cadres fixes, pour montrer que c’est le collectif qui fait vivre l’espace, et non l’inverse.


NOS VIES FORMIDABLES
Réalisé par Fabienne Godet
Scénario de Fabienne Godet, Julie Moulier
Avec Julie Moulier, Abbes Zahmani, Camille Rutherford, Louis Arène, Jacques de Candé, Véronique Dossetto, Isabelle Florido, Sandor Funtek, Zoé Héran, Jade Labeste, Nathalie Larivière, Bruno Lochet, Emilie Marsh, Cédric Maruani, Régis Ribes, François-Michel Van der Rest
France
1h57
6 Mars 2019

3.5 / 5

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