My Beautiful Boy : Felix Van Groeningen dans la complaisance et la facilité

My Beautiful Boy : Felix Van Groeningen dans la complaisance et la facilité

On se souvient tous de LA MERDITUDE DES CHOSES (2009) et de ALABAMA MONROE (2013). Depuis ce-dernier, on assiste à une chute du style artistique de Felix Van Groeningen, qui se repose sur les précédents acquis qui ont fait son succès, et qui se contente de ressasser des idées vues dans ses précédents films. Plus sa filmographie avance, plus son cinéma se désintègre. Déjà que BELGICA (2016) n’avait pas énormément à proposer en dehors de ses illusions pleine de couleurs, où la noyade entre mélo criard et furie musicale continuait son chemin. Encore plus qu’auparavant, la bande originale de MY BEAUTIFUL BOY semble être la playlist personnelle du cinéaste, qui s’amuse à ajouter des musiques ici et là, sans qu’elles n’aient un quelconque impact sur son récit ou sur le ton. Le film est donc une américanisation pure du cinéma de Felix Van Groeningen, cette manière de lisser totalement un style, et de transformer une esthétique en une forme confectionnée pour satisfaire tout le monde.

MY BEAUTIFUL BOY ne creuse pas en profondeur, il est trop concentré sur l’addiction du fils. Indéniablement, le scénario aurait gagné à se concentrer sur le point de vue du père, en connaissant tout le talent dramatique de Steve Carell. Sauf que Felix Van Groeningen prend une autre direction : le montage de son film se construit comme un tract anti-drogues, comme une moralisation bornée d’une bien-pensance. Entre les flashbacks nostalgiques, le maniérisme des dialogues, et l’ambiance tire-larmes, on comprend rapidement qu’il n’y a pas de place à la nuance, à la complexité. Dès la première scène, MY BEAUTIFUL BOY insinue qu’il y a un bon côté et une bêtise – sans parler des cartons à la fin du film, explicitement dans le politiquement correct et la dénonciation. De ce fait, Felix Van Groeningen est toujours en distance avec ses personnages. Faisant de son film un tract moralisateur, sa mise en scène est trop dans la représentation. Les personnages ne sont pas uniques, ils sont développés de manière à pouvoir être l’image d’autres personnes réelles. Timothée Chalamet représente donc tous ces jeunes qui « foutent leur vie en l’air » et Steve Carell représente « la douleur des parents qui essaient de sauver leur enfant ». Pas de place à la complexité et à l’interrogation, donc.

Même Spike Lee fait mieux dans son intention coup de poing et à tendance moralisatrice. Ici, l’écriture est tellement lourde, que le film en dit et montre beaucoup trop. Il y a beaucoup trop d’ellipses, et le cadre (ainsi que le montage) ne prend pas le temps d’explorer chaque situation engendrée. Tout est coupé court, tout va trop vite, comme un besoin de rester à l’essentiel et de créer un récit qui se contente des moments clés. Sauf que, au cinéma comme en littérature, chaque instant de l’entre-deux est important : c’est ce qui permet de définir les personnages dans l’espace et dans le temps, mais surtout dans leurs émotions. Mais voilà, Felix Van Groeningen préfère jouer la carte de la prudence, histoire de ne pas froisser qui que ce soit. Les cadres sont bien trop posés, on ne compte plus le nombre de travellings avants regorgeant de sentimentalisme, et le spleen est favorisé par rapport à la tragédie intime. Également trop bavard, MY BEAUTIFUL BOY se contente de réciter le livre d’origine, plutôt que d’apporter des silences qui glorifieraient les performances de Steve Carell et de Timothée Chalamet. Même si la majorité des scènes ensemble sont très justes dans la mise en scène de corps abîmés par la lutte, le cinéaste capte d’abord le dialogue et non la performance physique.

Cependant, on ne pourra pas reprocher à Felix Van Groeningen de conserver son regard délicat envers ses personnages. Même si trop bavard, le long-métrage a une esthétique qui contient énormément de lumières. Grâce à cela, le cinéaste montre qu’il privilégie l’optimisme à la noirceur. Ainsi, MY BEAUTIFUL BOY est un film optimiste (peut-être un peu trop parfois) qui porte ses personnages dans l’espoir et le rêve d’une vie qui ne serait pas celle-ci. Il est question d’émerveillement perdu, d’une relation brisée mais qui contient toujours une flamme prête à se rallumer. Sans artifices, le film reste sensible à ses personnages, même s’il le fait de la mauvaise manière. Comme la mise en scène et l’esthétique des espaces : il y a une dualité entre les espaces ouverts et fermés. Il y a une forme de libération dans les espaces ouverts, et une forme de détresse dans les espaces fermés. Mais le montage et le cadre ne permettent pas à cette idée de se développer sur le temps, d’éviter l’effet éphémère des espaces. Felix Van Groeningen a perdu sa folie, il est désormais dans la complaisance et la facilité.


MY BEAUTIFUL BOY
Réalisé par Felix Van Groeningen
Scénario de Luke Davies, Felix Van Groeningen
D’après l’oeuvre de David Sheff, Nic Sheff
Avec Steve Carell, Timothée Chalamet, Maura Tierney, Jack Dylan Grazer, Oakley Bull, Christian Convery, Amy Aquino, Stefanie Scott, Kue Lawrence, Amy Ryan
États-Unis
2h
6 Février 2019

1.5 / 5

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