Mon meilleur ami

Mon meilleur ami

Premier long-métrage du cinéaste argentin Martin Deus, dont certains pourront voir des similitudes avec le récent LES MOISSONNEURS d’Etienne Kallos : une famille bien établie, leur propriété de campagne, le soleil, un jeune homme qui intègre le foyer, le rapprochement de l’aîné avec ce jeune homme mystérieux, les conséquences, etc… Des thèmes pas très originaux, et surtout rien de vraiment inventif dans MON MEILLEUR AMI (ce n’était pas le cas, non plus, du film d’Etienne Kallos). On sort du film avec un sentiment de déjà-vu, un sentiment de « tout cela pour ça ? ». Pourtant, le film de Martin Deus a de quoi séduire : le rapport aux personnages est très intimiste, avec un cadre toujours très proche et isolant les émotions, dans une image toujours solaire. Mais il est évident que cela n’est pas suffisant pour faire un film.

L’ambiance est constamment en pointillés, ne cherchant pas toujours à se consacrer à l’esprit de la découverte chez l’adolescent, mais également à introduire de force les conséquences (la suggestion d’une bagarre dans un bar, une semi-dispute avec la mère, la peur des parents, etc). Martin Deus ne va pas au bout de ses moments, il génère plusieurs situations et ne tend pas à les confronter. MON MEILLEUR AMI possède trop de moments distincts, brasse trop d’ellipses, et ne parvient jamais à solidifier les attitudes des deux protagonistes. Ce sont des comportements presque anecdotiques, qui se succèdent un à un, et laisse l’ambiance entre les deux protagonistes en surface. Comme si les deux jeunes hommes n’osent jamais se rapprocher totalement, qu’il y a éternellement une distance, car les règles sont déjà posées : ce n’est qu’une parenthèse et tout est furtif.

Cela entraîne indéniablement une forme hyper naturaliste de la part du cinéaste. Les espaces sont comme une liste de souvenirs, où la caméra tente de restituer de la beauté pour parler de beauté (l’erreur de base). Un film solaire dans ses gros plans intimes en intérieur, mais pas très inspiré lorsque la caméra doit sortir en extérieur et entamer une idée de l’échappée émotionnelle. La solitude joue beaucoup aussi sur ce trop plein de naturalisme non nuancé. Parce que filmer la solitude d’accord, mais la solitude a besoin (par définition) de suggérer une distance avec la masse. Or, la mise en scène et la caméra – à part dans les deux toutes premières scènes – écarte définitivement son protagoniste Lorenzo du monde environnement. L’isolement et la solitude ne sont pas synonymes. De là provient la plus grande déception de MON MEILLEUR AMI : un film bien trop sage et trop posé, au ton linéaire, qui s’emploie à chercher une flamme qu’il n’arrive pas à trouver. Le film élabore une chaleur entre les deux protagonistes, mais reste bien trop paisible, et préfère la beauté / le solaire que de faire éclater cette flamme passionnelle.


MON MEILLEUR AMI (Mi mejor amigo)
Écrit et Réalisé par Martin Deus
Avec Angelo Mutti Spinetta, Lautaro Rodriguez, Guillermo Pfening, Mariana Anghileri, Benicio Mutti Spinetta, Romana Aleksandra Gulich, Renata Lizzi, Maite Valero, Irina Misisco
Argentine
1h30
27 Mars 2019

2 / 5

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