Mon cher enfant

Mon cher enfant

Nous suivons de près le travail de Mohamed Ben Attia, cinéaste tunisien dont le premier long-métrage HEDI ne nous avait pas laissé de marbre en 2016. Deux ans plus tard, le voici de retour avec WELDI (Mon cher enfant, en français) toujours co-produit par les frères Dardenne. Ce deuxième long-métrage peut en rejeter plus d’un dès la lecture du sujet. Mais il faut savoir que Mohamed Ben Attia n’est pas dans le dogmatisme d’autres films, qui condamnent trop facilement les actes décrits. Alors que d’autres cherchent souvent à comprendre la raison (la pauvreté, la société, la religion, etc) qui pousse des jeunes à se radicaliser, Mohamed Ben Attia préfère explorer l’exception, en caractériser le flou et la complexité qui entourent un tel acte. Le cinéaste tunisien réfute la simplicité théorique qui oppose simplement Bien et Mal. Il y voit une société dont les maux sont complexes, alors il en peint un fragment où le dérèglement intime est trop fort.

Après la figure maternelle dans HEDI, Mohamed Ben Attia s’intéresse ici à la figure paternelle. Au sein de cette famille modeste, le fils est l’image d’un détachement qu’il n’arrive pas à atteindre seul. Il se sent étouffé dans le noyau familial, alors que la société ne lui propose pas d’échappatoire. Il prend donc une décision radicale, et choisit l’affirmation par la fuite. MON CHER ENFANT ne parle pas de fatalité, car la scène de la vidéo sur facebook avec le mode silencieux activé est un pur moment de poésie tragique. Le film met surtout en miroir la vie et la mort, en sachant que les deux sont liées. Dans le film, la fuite explore que la sensation de vie est plus forte lorsque la mort est proche. Alors que, dans le noyau familial, la vie est monotone, morne et étouffante. Le long-métrage suggère constamment le désespoir, mais accompagne ses protagonistes (le père et la mère) dans une quête vers l’espoir.

Une quête qui s’amorce avec le trouble engendré dans le noyau familial. Dès lors que le fils est parti, la mise en scène explore un bouleversement des attitudes, montre la déconstruction d’un quotidien. Le bonheur expliqué par le père n’est plus qu’une théorie, sur laquelle la triste réalité de la fuite s’impose. Alors que le père cherchait à remplir son rôle de père, d’époux et de travailleur (ou retraité) du mieux possible pour préparer un avenir paisible, la fuite change tout. Le départ du fils rend les plans-séquences plus intenses, plus suffocants. Les repères disparaissent petit à petit, la caméra à l’épaule capte une certaine forme d’urgence et une déstabilisation des mouvements. Même la photographie laisse croire au père qu’il peut y avoir un chemin à prendre, pour réussir dans sa détermination.

On pourra tout de même reprocher au film de trop souvent chercher le naturalisme (on sent l’implication des frères Dardenne). Bien que Mohamed Dhrif est exceptionnel et semble possédé par son personnage qui cherche à combler le manque dans sa définition du bonheur, MON CHER ENFANT manque cruellement de rythme et d’énergie dans ses mouvements. Le cadre est bien trop posé, ne cherchant qu’à être le témoin de cette perte des repères. Même si le point de vue de l’exploration est passionnant, Mohamed Ben Attia oublie d’en faire un point de vue artistique. Le naturalisme du cadre ne permet pas au film d’aller au-delà de la chronique de la société tunisienne, au-delà de la chronique familiale intime. Il y a une douleur qui n’est pas totalement développée, car la quête des repères prend toute la place.

MON CHER ENFANT (Weldi)
Réalisé par Mohamed Ben Attia
Scénario de Mohamed Ben Attia
Avec Zakaria Ben Ayyed, Imen Cherif, Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Taylan Mintas, Tarik Copty
Tunisie, Belgique, France, Qatar / 100 min / 14 Novembre 2018

4 / 5

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