Moi, Maman, ma mère et moi

Moi, Maman, ma mère et moi

Premier long-métrage pour Christophe Le Masne, qui se concentre sur les quatre enfants d’une famille de campagne dont la mère est décédée un mois auparavant (le père étant décédé quelques années avant le début du récit). Le film ne démarre pas avec les funérailles, car Benoît – incarné par Grégory Montel – les a loupé et un mois après revient dans la maison familiale. C’est donc l’occasion de retrouvailles entre les deux frères et les deux sœurs. MOI, MAMAN, MA MÈRE ET MOI navigue donc entre deux états : la joie des souvenirs, puis la mélancolie du désordre présent qu’il faut re-construire. Comme la métaphore légèrement trop explicite dans le film, il s’agit d’un puzzle que les frères et sœurs vont devoir recomposer, afin de recréer l’union passée. Maintenant que les deux parents ne sont plus là, les quatre enfants n’ont plus de figure à laquelle s’accrocher, et doivent reformer un noyau dur. Sauf que cela ne s’effectue pas sans réparer une déchirure générale et des blessures individuelles.

Toutefois, la folie intérieure exprimée par chacun des personnages est à la fois douce et bienveillante. Ce n’est pas une colère grave, une tristesse mélodramatique ; Christophe Le Masne emploie les blessures individuelles comme le moyen de caractériser l’individuel dans le collectif, et donc une manière d’explorer chaque personnage dans un collectif qui se consume. Entre comédie et drame familial, MOI, MAMAN, MA MÈRE ET MOI a une ambiance entre la mélancolie automnale et la chaleur estivale. Il y a quelque chose de très chaleureux et doux dans la mise en scène, mais qui montre la collision entre plusieurs caractères et attitudes. En posant le cadre constamment à l’intérieur de cette fratrie, Christophe Le Masne suspend le temps. Là où tout ce qui gravite autour (les histoires d’amour, les familles, le travail, l’argent) est repoussé dans le hors-champ, pour se consacrer uniquement aux relations entre les personnages. Ainsi, le cinéaste peut développer et intégrer tout ce qu’il souhaite. Comme une petite part de fantaisie, avec les flashbacks et une apparition récurrente, une manière de faire appel directement aux désirs des personnages.

Sans jamais côtoyer l’insolite ou le burlesque, pour ne pas tomber dans l’artifice de la mise en scène, Christophe Le Masne arrive à ajuster son film entre une forme de réalisme esthétique et un élan fantasque dans la mise en scène. Avec des personnages jamais loufoques, mais très directs / francs et presque perdus, le film reste dans un espace confiné. Ce temps suspendu ne convient qu’à l’espace restreint : celui qui se compose de la propriété familiale, de la propriété voisine, de l’espace autour du cours d’eau. Parce que c’est une histoire individuelle (celle de la mère) qui se décortique par ces quatre personnages. Ainsi, MOI, MAMAN, MA MÈRE ET MOI est tel un microcosme qui se concentre sur la singularité, laissant tout l’environnement quotidien dans le hors-champ (et même en le mentionnant que très peu). Un microcosme isolé mais surtout poétique, comme une fable intime tout droit sortie de lettres personnelles, où les souvenirs se projettent formellement tout en côtoyant les désirs. Il est cependant bien dommage que la comédie soit vite abandonnée (une première demi-heure délicieuse, avec un Philippe Rebbot toujours aussi excellent) pour laisser place à une liste de révélations confinées elles aussi, mais dans le drame pur.


MOI, MAMAN, MA MÈRE ET MOI
Écrit et Réalisé par Christophe Le Masne
Avec Grégory Montel, Olivia Côte, Philippe Rebbot, Lolita Chammah, Dominique Valadié, Philippe Nahon, Alex Moreu
France
1h27
13 Février 2019

3.5 / 5

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