Menocchio

Menocchio

Premier film de fiction pour Alberto Fasulo, et le caractère documentaire de ses précédentes œuvres se ressent aussi ici. La première impression qui ressort de MENOCCHIO est cet aspect pénétrant avec la caméra. Comme si le cinéaste s’invitait lui-même dans ce récit, comme si la caméra capte seulement ce qu’elle peut, comme si le montage essaie de rendre le plus correctement possible un processus réel. Sauf qu’Alberto Fasulo utilise le processus et l’esthétique documentaire pour nous faire entrer dans cette fiction (car le récit autour de Menocchio reste une légende). L’idée même de faire vivre une légende comme si elle avait réellement existé (parce que le cinéma a ce pouvoir de faire croire) est une vraie bonne idée. C’est par la fiction que l’on entre dans le documentaire. Et non l’inverse. Ici, il semblerait que le cinéaste cherche constamment l’exploit formel, qu’il cherche d’abord à créer une esthétique et non à créer une atmosphère via son esthétique. Toutes les frustrations des personnages ne sont finalement que dans la parole, l’esthétique étant laissée à son rôle de représentation esthétisante.

Toujours trop près des corps, Alberto Fasulo ne permet pas une quelconque respiration : ni la mise en scène, ni les espaces, ni l’obscurité ne peuvent respirer. Parce qu’en filmant toujours très près des corps et des visages, la dimension obscure de la photographie n’est pas totalement aboutie. Le travail de lumière en n’utilisant que des bougies est très intéressant, car il permet de rester sur les espoirs / les désirs brisés des personnages, mais le cadre ne capte pas tout ce qu’il y a de sombre autour. Comme si le cinéaste préfère isoler la parole et les attitudes de toute obscurité, alors que selon le récit conté, c’est un ensemble. Le principal soucis de MENOCCHIO réside peut-être dans les influences documentaires trop marquées. En effet, le film est bien trop bavard, et le cinéaste a tendance à oublier l’espace qui l’entoure.

Le film a ainsi un grand problème de rythme, avec sa narration très chronologique et programmatique. Avec de nombreux interrogatoires (comme le feraient des enquêteurs avec des témoins), et plusieurs scènes suffocantes dans la prison, MENOCCHIO se repose sur l’alternance entre ces deux situations. Même si quelques scènes extérieures sont montées à quelques moments, elles ont davantage un caractère transitionnel, plutôt que de servir complètement la progression du récit. Le récit est bien trop pauvre pour une telle durée de film. Alberto Fasulo n’impose jamais une quelconque nuance, il dirige le regard et force la main des spectateur-rice-s dans la réflexion. Avec une forte insistance sur les antagonistes, le cinéaste ne laisse aucune place à la participation (ou même une contemplation). Parce que sa mise en scène est illustrative (ces interrogatoires sont purement démonstratifs, par exemple) et ne fait que pousser l’oppression vers l’agonie absolue. Le cinéaste ne prend pas de temps ni de place, que ce soit dans sa mise en scène ou dans son cadre, à y insérer une infime dose de tendresse pour son protagoniste. MENOCCHIO n’est que cruauté forcée, et cela est insupportable au fil du temps qui passe.


MENOCCHIO
Réalisé par Alberto Fasulo
Scénario de Alberto Fasulo, Enrico Vecchi
Avec Marcello Martini, Maurizio Fanin, Carlo Baldracchi, Nilla Patrizio, Emanuele Bertossi, Agnese Fior, Mirko Artuso, Giuseppe Scarfi, Roberto Dellai
Italie, Roumanie
1h40
17 Avril 2019

2 / 5

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