Maya

Maya

Il y a, dans le cinéma de Mia Hansen-Love, un raccord entre échappée et solitude. Une sorte de recherche de l’apaisement, mais en passant par la mélancolie individuelle. Ainsi, quand la cinéaste française parle d’un journaliste libéré de sa captivité, elle cherche aussitôt à l’amener dans un chemin de liberté. Il n’est pas question de jouer sur le sensationnel et sur le misérabilisme. Gabriel, le protagoniste journaliste libéré de captivité, trouve aussitôt le chemin de l’Inde, pour se ressourcer. Il n’y a pas le désir de s’attarder sur la gravité. Quand on s’apprête à voir un film de Mia Hansen-Love, on se prépare à avoir un plein de beaux sentiments et de mélancolie, mixés dans un contexte dramatique qui se cicatrise dans la beauté.

La narration de MAYA tient bien la route, avec deux parties distinctes mais jamais séparées explicitement. Le rythme et le montage progressent doucement, au fil que la blessure émotionnelle de Gabriel se soigne. La première partie du film consiste à soigner un traumatisme, permettant au journaliste Gabriel de se ressourcer. Ainsi, rien de mieux qu’un pays haut un couleurs pour rêver d’autre chose. Le film se regarde comme une pause dans la vie de Gabriel. Après ce traumatisme, il a besoin de se poser dans un espace qui le coupe de ce qu’il connaît. Même si à de multiples reprises, Mia Hansen-Love a tendance à faire de l’Inde une carte postale avec ses plans larges, le film puise dans l’immensité / la diversité des espaces pour trouver une forme de sérénité dans la beauté. Parce que MAYA est à la fois sombre et lumineux, sensuel et mélancolique. Un film triste et optimiste à la fois, où le contraste entre l’intérieur intime des personnages et l’extérieur des espaces, crée l’ampleur d’une humanité face à un contexte cruel.

Mia Hansen-Love ne se contente pas de mettre en scène la vibration d’un traumatisme qui se guérit par les sentiments. Elle construit, petit à petit, un équilibre entre le silence du traumatisme et le voyage au coeur d’un environnement présent juste pour un moment (le temps du film). Elle passe subtilement d’un constat terrible à l’optimisme de l’amour. Au-delà de quelques fonctions cartes postales, les espaces filmés nourrissent l’invisible (le traumatisme, le passé, le futur) dans un présent hors du temps. Puis le film se transforme en mélodrame, en romance impossible. Même si cette seconde partie paraît plus longue qu’elle ne devrait l’être, elle réussit à redonner une vitalité à des êtres qui avaient besoin d’une recharge émotionnelle. Il est certain que cette seconde partie répond à la première, tout en ayant sa propre vocation individuelle. Plus romanesque que la première partie, le mélodrame est simplement un geste attentioné et affectueux supplémentaire. Dans sa seconde partie, MAYA rompt avec la mélancolie de la solitude, et permet à l’échappée de trouver son moteur. Dans un style invisible de rien toucher et de ne rien modeler, le cadre laisse les personnages avancer et s’exprimer. Une esthétique qui laisse la beauté et les êtres projeter leurs émotions et leurs sensations, sans chercher à les contrôler.

Entre les deux parties, le rythme du film se construit sur le temps. Avec plusieurs ellipses, Mia Hansen-Love souligne l’apaisement recherché, en cherchant à cicatriser une mélancolie / un traumatisme par l’intégration dans un espace que l’on découvre. Ce que l’on pourra grandement reprocher à la cinéaste, est que ces ellipses ne servent qu’un seul point de vue. Autant la première partie est parfaitement menée, dans un flottement entre tous les espaces, où Gabriel sert de guide au (à la) spectateur-rice. Cependant, dans la seconde partie plus mélodramatique, Mia Hansen-Love n’adopte jamais le point de vue de la charmante et douce Maya. Malgré une mise en scène qui temporise chaque mouvement, le point de vue ne sert que la mélancolie, sans jamais faire un détour par l’autre côté. Il manque cruellement un point de vue des sentiments, un regard qui vient du coeur des espaces, pour créer également ce vent d’échappée à Maya. La jeune indienne arrive même à dire « je suis libre », mais le film ne capte jamais ce que lui apporte la présence de Gabriel. Le film aurait gagné à changer de point de vue au même moment qu’il change de ton et de partie. Toutefois, c’est l’histoire d’un voyage et d’une rencontre, qui réussissent à se mélanger pour mieux renaître.

MAYA
Écrit et réalisé par Mia Hansen-Love
Avec Roman Kolinka, Aarshi Banerjee, Alex Descas, Judith Chemla, Johanna ter Steege, Pathy Aiyar, Suzan Anbeh


France, Allemagne – 1h47
19 Décembre 2018 – distribué par Les Films du Losange

3.5 / 5

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