Ma vie avec John F. Donovan

Ma vie avec John F. Donovan

On ne s’occupera pas des années difficiles qui précédent le film, on ne s’occupe que du film tel qu’il est présenté en salles. Ainsi, MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN est un film très imparfait, très brouillon dans sa tentative d’être du romanesque émotionnel. D’emblée, avec la mise en place de l’interview de Rupert Turner adulte (dont la vie de célébrité connaît une trajectoire plus heureuse que son idole d’enfance John F. Donovan), Xavier Dolan installe des gros tous dans son miroir entre les deux récits. Parce qu’en deux de temps, le film explore les récits passés de l’acteur John F. Donovan et l’enfance de Rupert Turner, chacun avec leurs relations amicales et leur mères. Sauf que, dès que l’interview commence, et même lorsque les premiers flashbacks arrivent, le film tend à raconter la face cachée de l’acteur John F. Donovan, comme si le reste était déjà connu. Sauf que la fiction n’excuse pas tout, et surtout pas le manque de développement d’un personnage principal. MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN raconte la partie méconnaissable de la vie de John F. Donovan, mais ne prétend jamais présenter (ou même mentionner) sa partie connaissable. La grosse erreur du romanesque… Car quand David Lean adapte LES GRANDES ESPÉRANCES de Charles Dickens, il n’a pas besoin de présenter et de conter l’histoire passée et connue de Lady Havisham, parce que son film se focalise sur le jeune Pip – Lady Havisham n’étant dans le film qu’une parabole dans le parcours de Pip.

N’en déplaise aux fans inconditionnels qui portent haut Xavier Dolan peu importe son projet, MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN est peut-être son film le plus personnel mais il est aussi celui le plus rempli de gimmicks. A force de parler de « génie précoce », salué par le Festival de Cannes et par tant d’autre (dont des magazines qui ont oublié de signer une ligne éditoriale au profit d’une idéologie théorique ambiguë), Xavier Dolan se met ici à exercer un jeu de démonstration de mise en scène et de formes. Toujours à appuyer les musiques qu’il aime, à utiliser des ralentis grinçants, à alimenter une névrose redondante qui n’a plus de surprise, ce nouveau film est une sorte de mélange de tout ce que l’on connaît du style Dolan, mais passé au mieux pour aller à l’essentiel. Ses personnages sont soumis à une surdose de jugements précipités, dans une fragilité qui se confond avec une intention d’élégance. Et ses personnages sont également soumis au brassage de l’écriture, où les surcouches ne permettent pas aux personnages secondaires d’être réellement actifs dans les interrogations, dans la fragilité des deux protagonistes. La solitude ne fonctionne que lorsque la masse environnante est dynamique.

Cependant, Xavier Dolan réussit à explorer la secret et le trouble de l’identité. Cette quête très abstraite, qui laisse le mouvement se relâcher et s’étirer dans plusieurs formes. Que ce soit dans la délicatesse, la désolation, l’amour, la violence et l’extase, MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN dresse une belle palette de mouvements. Cela permet à l’admiration (qui n’est en fait que le moteur du film, son postulat – car Xavier Dolan laisse de côté le récit épistolaire pour un jeu de miroirs) de changer régulièrement de tons. Cette admiration sera le déclencheur de l’enthousiasme et de la sublimation, avant d’entrer dans un ton obscure et clinique, pour se diriger vers l’obsession violente, avant de se terminer dans l’amertume et l’abattement. Il est toutefois dommage que ce mouvement ne soit pas toujours incarné dans l’espace. Car Xavier Dolan, qui avait réussi à ouvrir le cadre dans MOMMY (tout le monde se souvient de cette scène hystérique), n’arrive pas à embrasse l’ouverture permanente du Scope cher au cinéma américain qu’il admire. Le cinéaste s’installe davantage dans une forme de classicisme, laisse jouer ses souvenirs d’enfant, sans les incarner. Les espaces du film sont trop souvent anecdotiques, trop souvent juste des points de repères géographiques, trop souvent matérialistes. Les espaces n’incarnent jamais la projection sensorielle, ni la projection accablante des émotions des protagonistes. Il n’y a aucune énergie dans le sublime des espaces.


MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN (The death and life of John F. Donovan)
Réalisé par Xavier Dolan
Scénario de Xavier Dolan, Jacob Tierney
Avec Kit Harington, Jacob Tremblay, Natalie Portman, Susan Sarandon, Ben Schnetzer, Thandie Newton, Sarah Gadon, Emily Hampshire, Kathy Bates, Chris Zylka, Jared Keeso, Michael Gambon
Canada, Royaume-Uni
2h03
13 Mars 2019

2 / 5

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