L'insulte

L’insulte

En 2012, Ziad Doueiri nous livrait L’ATTAQUE, film qui n’avait pas encore la dimension tragique nécessaire pour l’environnement sauvage que son cinéaste explore. Avec L’INSULTE, le cinéaste a pris son temps pour développer une violence qui joue avec le temps. Là où L’ATTAQUE était un peu trop linéaire et monotone, L’INSULTE se démarque par ses ruptures de tons et son noyau qui finit par grossir et éclater. Tout commence par une querelle privée, dans un espace intime (la rencontre de la propriété et du lieu de travail). Ce postulat permet d’introduire les personnages tout en exposant les deux « camps » qui vont s’opposer. Aucun des deux ne désirant se résoudre aux volontés de l’autre, le conflit va perdurer et donc prendre de l’ampleur.

Au début de son film, Ziad Doueiri isolait son récit dans un quartier, réussissant à n’installer qu’une querelle de paroles. Puis, il fait évoluer son propos graduellement, par petits échelons pour coller à un contexte. En ouvrant de plus en plus ses cadres, tout en créant des conséquences telle une toile d’araignée, le cinéaste fait de la querelle privée un miroir des tensions sociaux-politiques au Moyen-Orient. Le cinéaste refuse cependant de prendre parti, préférant parler de cruauté et de décence qui plânent aussi bien dans le passé que dans le présent. Petit à petit, le récit perd de son intimité, pour devenir un sujet universel et à prendre une place significative dans le paysage publique. Plus le conflit entre les deux hommes perdure, plus il prend des allures de combat politique / idéologique / sociétal. Le film passe d’un drame ordinaire (conflit de voisinnage) à un thriller politique. Au point que, à certains moments, les deux protagonistes se savent plus vraiment contre quoi ils se battent. Le conflit prend des proportions telles qu’il finit par dépasser les protagonistes, n’ayant plus le contrôle, puis étant pris à partis dans des causes militantes.

Ce n’est pas la seule évolution traitée par le film, car les deux avocats (dont un lien extra-professionnel est révélé) représentent bien plus que les soutiens d’accusation et de défense. Ils représentent les générations qui se succèdent au sein de conflits historiques. Ils représentent l’évolution de la pensée politique et sociale, ils représentent le combat idéologique. Mais surtout, ils permettent de mettre en contradiction le passé avec le présent, en révélant les différents traumatismes non guéris causés par l’Histoire. Même si le film tente de prôner la réconciliation, il s’agit moins d’un film d’espoir que d’un film de désolation. L’INSULTE est une véritable catharsis, qui tient également à mettre en valeur les femmes de ces hommes qui se querellent. Parce que dans ce film, les femmes doivent ramasser les morceaux, elles sont en marge de tout. En positionnant chaque personnage au même niveau, en leur donnant la parole à tous, Ziad Doueiri brise la transparence d’une société dont l’image est tâchée, assombrie (telle la photographie magnifique de Tommaso Fiorilli). Un film qui manque peut-être de diversité dans ses espaces, mais qui réussit à révéler l’illusion à travers la temporalité.

L’INSULTE de Ziad Doueiri
Avec Adel Karam, Karel El Basha, Camille Salameh, Rita Hayek, Diamand Bou Abboud, Talal Jurdi, Christine Choueiri
Pays : Liban, France, Belgique
Durée : 1h52
Sortie française : 24 Janvier 2018

4.5 / 5

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