Lil'Buck : Real Swan, de Louis Wallecan

Lil’Buck : Real Swan, de Louis Wallecan

Le cinéma a pour habitude de capter des sensations, des besoins chez ses personnages, de saisir ce qui les rend vivants (ou morts). Le documentaire LIL’BUCK REAL SWAN en fait son point central, tant le regard porté sur le danseur Lil’Buck part de la naissance de ses mouvements. Louis Wallecan ancre le début de son film à Memphis, où grandit Charles Riley, qui utilise aussi bien les espaces extérieurs qu’intérieurs qu’il côtoie pour danser. C’est ici que tout démarre : la rue, les rassemblements entre amis, les premiers mouvements. Pour exprimer du mieux possible cet élan, ce besoin de bouger quotidiennement, Louis Wallecan coupe le moins possible chaque scène de danse. Au montage, bon nombre de scènes de danses sont en plan-séquence, pour bien ressentir et absorber toute cette énergie qui veut s’exprimer. C’est un geste qui montre également un fort respect pour les images d’archives utilisées, presque pas retravaillées, mais agencées minutieusement pour retracer un parcours unique et intime. Des images d’archives qui montrent que l’histoire n’est pas que celle de Lil Buck, mais aussi celle de cette danse qui en dit long sur une communauté au sein de Memphis.

Telles les images d’archives à l’intérieur du Crystal Palace, à la base un lieu fait pour pratiquer le roller. Mais cet espace devient bien plus que cela. Dans les images, Louis Wallecan l’effet rassembleur du lieu, qui dévoile des êtres, qui les libère d’une pression quotidienne, qui exacerbe leurs passions, qui leur donne de la place pour s’exprimer. Tel un refuge pour cette jeunesse qui a besoin d’une activité. Accompagné des rues de Memphis, le Crystal Palace est un lieu qui permet d’accueillir la danse, de donner le champ possible à la création et l’expression personnelle. Parce qu’au fond, le documentaire n’est autre qu’une fable sur la construction d’un art, sur le développement d’un artiste au sein d’une communauté bien ancrée. Mais pour que cet art se construise, et que l’artiste s’épanouisse, il y a un long voyage à parcourir. Le documentaire est composé en plusieurs tempos, où l’idée du voyage domine le rythme du récit. Un voyage qui commence dans les rues, faisant des détours par les parkings et le Crystal Palace, pour ensuite se diriger vers une école de danse classique. Un voyage qui trouvera son apogée et son heure de gloire en traversant des studios et les plus belles scènes possibles.

LIL’BUCK REAL SWAN part de ce contexte dans les rues de Memphis, avec un constat désespéré, mais y montre qu’à partir de cette situation est née une expression artistique. Puis que cette expression a continué à grandir petit à petit, pour faire éclore la star qu’est devenue Lil’Buck. Toutefois, il y a davantage de consistance dans la première partie du film (concentrée sur Memphis, avant le départ en école de danse classique) que dans la seconde partie. La première partie pose les bases concernant la découverte de Lil’Buck, permettant de regarder autour de lui, dans des rues dévastées et une communauté abandonnée. Cette partie a la bonne idée de capter une ambiance particulière, de mettre en miroir la violence de l’abandon avec la création artistique via la danse. Ensuite, la seconde partie se recentre totalement sur Lil’Buck, ne devenant qu’un récit élogieux de son ascension. Une partie très expéditive, qui va complètement à l’essentiel pour résumer les accomplissements, dans une totale fascination.

Il est fort dommage de voir à quel point la seconde partie est bien moins introspective que la première, jusqu’à même rendre les espaces de danses plus anecdotiques. Alors qu’à Memphis, chaque rue et chaque parking sont montrés comme des espaces essentiels, se transformant le temps de quelques instants en scènes. Dans les deux parties, il y a tout de même une approche identique, celle du documentaire comme témoignage. Peu importe qui parle, que ce soit directement à la caméra, en voix-off ou sans prendre en compte la présence d’une caméra, il y a le témoignage d’une vibration. Celle d’un besoin vital de danser, peu importe l’espace et peu importe quand. Une vibration et des témoignages qui viennent aussi bien de l’intérieur (Lil’Buck) que de l’extérieur (toutes les personnes qui l’ont côtoyé), pour une meilleure immersion dans cet environnement. Des témoignages qui sont le fruit des sensations qu’a réussit à propager Lil’Buck : celles où les rêves peuvent changer une vie, qu’il faut continuer à rêver malgré une situation désespérée. Et même si la voix-off de Lil’Buck a parfois tendance à se substituer à l’image, la multiplication des espaces devient ce chemin de propagation et d’épanouissement, jusqu’à la révélation. Dans ces moments fiévreux d’expression artistique, Louis Wallecan propose un film qui parle d’une éclosion qui dissémine les émotions d’un voyage personnel rêveur.


LIL’BUCK REAL SWAN ;
Écrit et Dirigé par Louis Wallecan ;
Avec Lil’Buck ;
États-Unis / France ;
1h21 ;
distribué par Sophie Dulac Distribution ;
12 Août 2020