L'Homme fidèle

L’Homme fidèle

LES ARCS FILM FESTIVAL 2018 – Compétition

Le nouveau film de Louis Garrel est certes court (1h15 seulement) mais cela lui convient plutôt bien. C’est largement suffisant pour raconter une histoire autour de ce triangle amoureux. Sans jamais en faire trop, Louis Garrel va à l’essentiel et cherche ces moments où ses personnages sont directs, où ils arrivent à définir une situation en quelques gestes ou en quelques mots. Dans la lignée de LES DEUX AMIS ou même dans les pas de son père, Louis Garrel mise beaucoup sur la parole et sur un rythme retenu. Là où LES DEUX AMIS est constitué sur la rapidité, sur un débit important de paroles,sur la vivacité des personnages et sur la tendresse des relations entre ces personnages, L’HOMME FIDÈLE tend à aller plus loin. Bien que l’alchimie naturelle entre Garrel, Farahani et Macaigne est un élément fort de LES DEUX AMIS, il y a une mise en scène beaucoup plus cadrée et contrôlée dans ce nouveau long-métrage. Louis Garrel est égal à lui-même, dans sa manière de jouer une gravité légère et une tendance au burlesque physique. Quant aux deux actrices qui l’entourent, Laetitia Casta n’arrive (encore une fois) à faire preuve que de beauté et de légèreté banales, sans aller chercher la mélancolie, avec davantage de désir que d’ambiguïté.Puis il y a Lily-Rose Depp, fille de, dont le jeu romanesque cherché fait place à toute la naïveté de la jeunesse d’un personnage qui doit pourtant grandir.

Louis Garrel va plus loin que dans LES DEUX AMIS, parce qu’il semble chercher à développer et étendre son regard. La photographie est toujours aussi sublime dans sa tonalité intimiste, et la caméra explore toujours aussi rigoureusement les sensations à un instant précis, en privilégiant les cadres serrés sur les visages des personnages. On pourra cependant lui reprocher son intention de surdécouper au montage, d’accumuler inutilement les ellipses et de ne pas laisser le temps à la caméra de se poser quelques instants. Le montage manque cruellement de plan-séquences, dont Louis Garrel aurait pu faire usage pour mieux explorer la mélancolie des personnages, ainsi que leurs désirs. Et puis, contrairement à LES DEUX AMIS, Louis Garrel ne prend pas le temps de rester avec ses personnages, de les explorer à la fois par la parole mais aussi parle regard de la caméra. Là où le cadre de LES DEUX AMIS réussissait à admirer ses personnages dans leur existence vitale(le corps, le regard vers l’autre, le simple toucher), il ne prend pas le temps de se concentrer sur le physique dans L’HOMME FIDÈLE. Ici, le corps est résumé à quelques moments de burlesque physique,de désarroi immobile, ou de frustration en champ/contre-champ. Bien dommage.

Le film est donc hésitant, menaçant de faire basculer sa mélancolie intime dans un mélodrame lourd. Mais Louis Garrel arrive à garder le chemin grâce à l’ambiance qu’il intègre à chacun des espaces dans lesquels il pose sa caméra. L’HOMME FIDÈLE est entre le vaudeville et marivaudage. D’espace en espace, entre tous les allers et retours de son personnage, Louis Garrel sème en eux un caractère précieux et spirituel dans la relation entre les personnages. Des relations à la fois timide, lucides et bienveillantes, toutes à l’épreuve du temps. Ce qui donne à ce vaudeville et à ce marivaudage une impression d’être devant un thriller sentimental. Dans chaque espace, c’est l’envie de l’autre qui domine. Même quand Louis Garrel est plaqué au sol par un agent de sécurité, se retrouvant aux pieds de Laetitia Casta. Chaque espace perd son identité d’origine, devant tous les lieux d’un désir intemporel,d’un désir qui combat la mélancolie.


L’HOMME FIDÈLE
Réalisé par Louis Garrel
Scénario de Louis Garrel, Jean-Claude Carrière
Avec Laetitia Casta, Louis Garrel, Lily-Rose Depp, Joseph Engel

France – 1h15
26 Décembre 2018 – distribué par Ad Vitam

2.5 / 5

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