Les Saisons

Les Saisons

Réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.
Écrit par Jacques Perrin, Jacques Cluzaud et Stéphane Durand.
Documentaire français / 95 minutes / sortie le 27 Janvier 2016.

Le nouveau film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud, après LE PEUPLE MIGRATEUR et OCEANS, explore à nouveau la vie d’animaux sauvages. Ici, il s’agit d’une cohabitation avec les humains, comme des voisins où ces derniers finissent par s’approprier l’espace pour en faire leur habitat. Le film développe, très modestement car sans aucun jugement, la transformation progressive dans le temps (d’où le thème des saisons) d’un territoire qui perd ses dimensions sauvages et ses ressources d’origine. C’est avec un regard modeste que LES SAISONS se penche sur la nature et sur les animaux sauvages.

Prêter attention
Pour cela, le long-métrage prend soin d’utiliser une option importante du cinéma, de la salle obscure : capter au mieux possible le spectateur. Pour que celui-ci prête autant attention aux images proposées, le documentaire décide d’augmenter la prise de conscience face aux constats élaborés. Parce que le film de Perrin et Cluzaud, c’est un constat universel mais pas général : il va creuser dans les détails (voir la diversité des espèces filmées) et ne fait que contempler petit à petit la modification de l’espace forestier. Chaque nouvelle séquence est une idée à apporter au spectateur, composant le puzzle regroupant les erreurs de l’être humain envers la nature et les animaux sauvages (exemples de la destruction, de la chasse, …).

Pour cela, Perrin et Cluzaud vont d’abord s’appuyer sur le découpage, l’élément majeur dans la proposition de cinéma contemplatif effectuée. Avec le découpage, les deux cinéastes cherchent à innover dans l’approche technique. Le documentaire compte dix techniciens chargés de l’image, montrant déjà les moyens mis pour s’intégrer dans le lieu de vie des animaux sauvages. De plus, la pluralité des angles de vue et tout accessoire les initiant, sont autant d’avantages pour prendre ses aises dans la forêt sans gâcher sa beauté.

Parce qu’avec le découpage, le film prouve que le respect et l’amour sont les meilleurs remèdes contre l’avidité et la destruction. Ces deux sensations se dirigent vers la nature et vers les animaux sauvages, qu’ils soient petits ou grands, prédateurs ou non. Parce qu’en accompagnant ces animaux avec les caméras, le long-métrage réussit à créer de l’empathie. C’est cela qui permet de capter l’attention du spectateur, c’est quand il est touché qu’il comprend et prend conscience. Accompagner les animaux sauvages, c’est leur donner le pouvoir du déroulement du documentaire.

Ambiance hétérogène
Pour tenter de renouveler le regard sur ces animaux sauvages souvent déjà vus, pour essayer de voir autrement la nature, Jacques Perrin et Jacques Cluzaud décrivent un certain « âge d’or » de la forêt. C’est celui-ci qu’ils désirent capter dans ce qu’il en reste. Pour cela, il leur a fallu aller chercher plusieurs façons de déterminer l’ambiance de la forêt, et de la nature plus globalement. En se posant au sein des meutes, des groupes, … le film regarde des familles d’êtres vivants. En filmant la confrontation entre plusieurs types d’animaux, le film regarde la lutte éternelle entre êtres vivants. En captant une temporalité explicite, le film regarde l’impact de la transformation de la nature sur ces animaux sauvages. Ces trois arcs permettent de déterminer trois ambiances différentes : le documentaire emprunte aux genres de la fiction, respectivement le mélodrame – l’horreur – le thriller. Au montage, le long-métrage mélange inlassablement et sous forme de cycle ces trois points de vue.

Dans l’ambiance, il n’y a pas que ces trois regards différents, même s’ils se répondent constamment. Ainsi, il ne faut pas perdre un seul morceau de cet immense espace naturel. C’est là qu’intervient la bande sonore. Tout d’abord, le long-métrage utilise les bruitages de la forêt dans tous ses plans : il faut que l’attention du spectateur soit comblée par la perception immersive de celui-ci dans l’espace. Les bruitages sont donc à la fois dans le champ et dans le hors-champ. Comme si l’image est l’immersion directe dans la forêt, et le reste (montage, son, salle obscure) observe le hors-champ. Il faut également mentionner la musique de Bruno Coulais. Il a créé une vraie bande originale, où la réflexion se porte sur les rapports entre la densité de l’image (son contenu de fond, son esthétique) et celle de la musique. Avec les ambiances abordées et la perception immersive, la musique originale de Coulais est comme un chant lointain dans la forêt. Un écho qui se crée d’image en image, d’espace en espace, d’animal en animal, de saison en saison. C’est davantage une coloration des bruitages qu’un marqueur d’ambiance, comme s’il s’agissait d’une partie d’un conte.

L’impressionnisme des espaces
Si on pourrait retenir quelques mots en voyant un tel film, ce seraient surement le conte, la liberté et l’onirisme. Ces trois termes définissent l’ensemble du documentaire, que ce soit dans les images ou dans la bande sonore. Chaque parcelle de l’espace forestier est perçue comme un accompagnement dans un terrain de jeu libre pour les animaux. C’est davantage l’exploration contemplative des attitudes des animaux, que décrire leur fatalité face aux transformations de l’espace. Il s’agit de fantasmer, ou plutôt imaginer, un territoire qui s’efface de plus en plus, au profit de la civilisation humaine.

Ainsi, le montage a quelque chose d’impressionniste, même si quelques instants peuvent suggérer que le film frôle l’expressionnisme. Cette perception se manifeste avec la caméra qui accompagne les éléments de la forêt (des arbres qui tombent, des monts de glaces qui s’écroulent, les feuilles des arbres qui se détachent, …) mais aussi par cette caméra qui capte les couleurs et la lumière si particulières au sein de ce territoire. Peu importe la saison, l’esthétique révèle un côté onirique évident dans son architecture : les dimensions des éléments et les mouvements des animaux sauvages se complètent comme un seul ensemble. Cette unité provoque l’impressionnisme car les couleurs et la lumière mettent en avant le pouvoir poétique de la nature.

4.0 / 5