Les reines de la nuit

Les reines de la nuit

De la confession en toute intimité jusqu’à la transformation sur scène, le documentaire brasse beaucoup de sujets et beaucoup de portraits. Le plus frustrant dans ce dispositif, est que l’univers du transformisme n’est jamais mis en avant. Les interviews face caméra, dans l’intimité où les hommes derrière les personnages se livrent, sont beaucoup plus nombreuses que les moments où les personnages s’expriment sur scène. Il suffit de voir la manière dont les performances sont toutes coupées, qu’aucune n’est montée du début jusqu’à sa fin. Nous avons donc le droit seulement à des morceaux, à des bouts de performances, mais nous avons le droit à énormément de parole, à un cadre qui préfère être regardé plutôt que regarder. LES REINES DE LA NUIT est un documentaire frustrant, car il parle d’un univers sans totalement le montrer, sans prendre le temps de s’y fondre pour en saisir la profondeur.

Alors Christiane Spièro part à la rencontre des hommes derrière les personnages, dans leur intimité, pour tenter d’en faire une fable humaine. Le film souhaite tellement dire qu’il y a des hommes avec des sentiments, des désirs, de la complexité derrière les personnages, qu’il ne propose plus que cela. Il n’y a jamais de miroir entre les hommes et leurs personnages. Tout au long du documentaire, les personnages ne sont alors que des idées, des images, des silhouettes qui apparaissent quelques minutes. Alors que, dans les interviews, nous comprenons que ces personnages sont comme des doubles personnalités. Mais voilà, à vouloir forcer un discours, LES REINES DE LA NUIT oublie son regard. Et devient plus qu’une compilation de témoignages frontaux, avec beaucoup trop d’informations et de portraits à saisir.

Pourtant l’idée est très intéressante, louable, car Christiane Spièro y cherche la révélation. Celle qui a permis à ces hommes de trouver dans le transformisme un changement de vie, voire un refuge pour certains. Il s’agit de comprendre comment le transformisme a changé des vies pour le mieux, a révélé des passions / des personnalités / des libertés. Malgré le côté beaucoup trop frontal, un nombre inutile, les interviews permettent de découvrir des hommes à l’aise à l’idée de s’ouvrir intimement, des hommes qui ont trouvé une forme de paix intérieure grâce à leur métier et leurs personnages. Même que, à partir d’un moment, le film sur le transformisme devient un film de coming out. Mais voilà, l’épanouissement grâce au transformisme est seulement raconté et expliqué, alors que les rêves et la magie de l’univers ne sont que des illustrations éphémères. LES REINES DE LA NUIT n’est pas un film, c’est un reportage.


LES REINES DE LA NUIT
Réalisation Christiane Spièro
Pays France
Distribution Zelig Films
Durée 1h20
Sortie 4 Décembre 2019

2 / 5

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