Les hirondelles de Kaboul

Les hirondelles de Kaboul

Le film d’animation n’est pas toujours destiné aux plus jeunes, ni même rempli d’émerveillement et de joie. Adapté de la nouvelle de Yasmina Khadra, le film de Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec est à la fois sublime et grave. LES HIRONDELLES DE KABOUL pose un regard vital et déterminé sur les femmes et leur condition dans un pays comme l’Afghanistan. Bien que le récit se déroule durant l’été 1998, le dessin de Éléa Gobbé-Mévellec ne montre pas le décalage temporel et esthétique avec 2018 ou même 2019. Elles adaptent parfaitement les idées du matériau d’origine, car elles ont compris quelque chose : c’est en se concentrant sur une histoire individuelle que l’on raconte mieux l’histoire collective. Le film explore donc l’Histoire afghane sous les Tabilans, en contant deux histoires intimes à travers deux couples. Le destin du pays est alors infiniment lié au destin des deux couples. Mais surtout, il s’agit d’accompagner les personnages féminins. Chaque dessin, chaque mouvement, chaque scène ont une conséquence sur la condition des personnages féminins.

Pourtant, LES HIRONDELLES DE KABOUL n’est pas un film aux teintes noires, il n’est pas sombre, il n’a pas ce caractère grave dans l’esthétique. Même si les personnages masculins sont très violents, et qu’il est possible de voir plusieurs effusions et coulées de sang, Zabou Breitman et Éléa Gobbé-Mévellec ont privilégié un dessin à l’image très colorée. Loin de l’horreur formelle, il s’agit d’effectuer des traits fins pleins de tendresse et de bienveillance. Comme si le duo de cinéastes tentent de trouver de l’espoir, veulent apporter toute leur sympathie et leur soutien dans l’image. L’esthétique du film ne se dessine pas à partir des personnages masculins et de leurs actes, mais se dessine à partir des personnages féminins et de leur détresse quotidienne. C’est une manière d’inviter le rêve et l’imagination au sein d’une ambiance cruelle. L’animation dessinée se révèle sans bordure explicite, avec des traits sans fins et des impressions de continuité. Chaque espace est relié avec les autres, afin d’effacer la frontière entre la tragédie réelle et le rêve. Les deux cohabitent dans chaque plan, dans chaque dessin, dans chaque trait.

A tel point que les espaces dessinés sont immensément riches de détails. Malgré les nombreuses destructions, ruines et délabrement de bâtisses (ainsi que les rues très vides), c’est l’émotion et l’espoir qui en surgissent. Parce que tout est très détaillé, alors LES HIRONDELLES DE KABOUL met en valeur l’émotion et l’intimité avant d’évoquer un contexte tragique. Même si la temporalité à beaucoup de mal à trouver son rythme, notamment à cause d’un récit qui a du mal à captiver avant la connexion entre les deux histoires individuelles, le film trouve le moyen de faire voyager le regard dans des espaces aussi désenchantés qu’ouverts. Malgré l’ambiance lourde et cruelle, les couleurs choisies montrent que chaque détail a son importance dans la possibilité d’échapper au cadre et de se réfugier dans l’inconnu de l’imagination. Une intention magnifiée par cette manière de faire apparaître un trait après la disparition d’un autre. Loin de l’expressionnisme, ni même dans l’impressionnisme, LES HIRONDELLES DE KABOUL est bouleversant par son réalisme qui se refuse la poésie facile et prend la distance nécessaire, préférant dessiner la complexité et l’espoir.


LES HIRONDELLES DE KABOUL
Réalisé par Zabou Breitman, Éléa Gobbé-Mévellec
Scénario de Zabou Breitman, Sébastien Tavel, Patricia Mortagne
D’après l’oeuvre de Yasmina Khadra
Avec les voix de Zita Hanrot, Simon Abkarian, Swann Arlaud, Hiam Abbass
France
1h20
4 Septembre 2019

3.5 / 5

🎙 C'est nouveau et c'est beau : le podcast d'Onlike donne la parole aux artistes et artisans qui font l'actualité de la musique en France et à l'international. Cliquez ici