Les Ardennes

Les Ardennes

Réalisé par Robin Pront.
Écrit par Jeroen Pascal.
Avec Jeroen Perceval, Veerle Baetens, Kevin Janssens, Eric Godon, Jan Bijvoet, Peter Van Den Begin, Sam Louwyck.
Belgique – 93 minutes – 23 Mars 2016
Festival de Cinéma Européen des Arcs 2015 : compétition.

Il s’agit là d’un premier long-métrage, qui tente de s’inscrire dans la lignée du cinéma de genre. Sous forme de thriller, le film va s’en revendiquer souvent à travers les actions qu’il active. Le fonctionnement de ce thriller se base sur la construction de plusieurs arcs : le mélodrame, la violence, la famille, l’angoisse, etc. Toutes ces facettes se reposent sur un élément de l’intrigue : la relation perpétuelle entre le passé et le présent. Ce qu’un événement particulier, une absence, peut provoquer comme changements dans le comportement, la psychologie et le quotidien des personnages.

La forme du thriller
Le thriller a toujours plusieurs approches différentes dans son montage, et surtout dans le découpage, selon les cinéastes. Ici, Robin Pront a décidé de rester plus conventionnel et de ne pas prendre de risques. Par exemple, il y a une grosse utilisation de la musique, partout dans le film. Pratiquement toutes les scènes importantes, de bouleversements, contiennent une musique. Sauf que la bande originale n’a pas pour rôle d’être la source de l’ambiance, mais de l’accompagner dans sa sensation. Ici, elle alimente la façon dont certaines scènes doivent être perçues et ressentis. Les musiques de ce film guident trop le spectateur, le coincant dans une direction toute tracée.

Dans son montage, le rythme est créé par un enchainement rapide des plans. Mais surtout, il s’agit beaucoup de plans courts dans les scènes lourdes de violence. Même si quelques champ / contre-champ sont plutôt agréables dans leur manière de séparer ou unir les personnages, une multitude de plans courts ne justifie pas le dynamisme et la frénésie d’une scène qui grimpe en tension. Au contraire, c’est re-créer une dynamique qui vient brouiller celle la mise en scène, qui devient alors illisible. Le film joue beaucoup sur ces plans courts, parfois en les marquant d’angles de vue divers. Souvent inutiles lors de scènes sans déplacement de comédiens, mais intéressantes lors de scènes de violence.

Mettre en scène le thriller
Le plus compliqué dans un tel thriller à plusieurs arcs, c’est de diversifier la mise en scène, pour qu’elle exprime plusieurs possibilités envers les personnages, de garder un certain mystère sur les événements à venir. Or, LES ARDENNES possède une mise en scène trop posée quand il s’agit d’amener de la tension. Non loin de la staticité, les comédiens ont des attitudes limitées dans l’espace. Déjà parce que la caméra ne les cadre pas en rendant justice à leur état émotionnel à un instant T, mais surtout parce que l’opposition facile entre bon personnage et mauvais personnage est toujours très explicite. La fatalité n’existe pas dans ce film, elle est remplacée par l’affrontement incessant contre l’immoralité.

Ceci rend le film très froid, surtout quand il est très bavard. Ca discute énormément, et toutes les tensions s’introduisent par le texte. Jamais les regards des comédiens envers les autres ne sont assez marqués pour créer le mystère d’une situation. Jamais les corps ne sont déchainés envers les autres, ou ne sont dans une attirance envers les autes. Dans la facilité du découpage et du montage, il y a celle de la mise en scène. Ne prendre aucun risque, de cette façon, c’est donner raison et priorité au texte. En quelque sorte, le long-métrage s’appuie beaucoup sur son texte, sur ce que les personnages vont se dire ou non, sans jamais le traduire par rapport à la mise en scène des corps dans le décor.

Esthétique intrigante
Pourtant, le décor bénéficie d’une jolie esthétique digne des thriller les plus sympathiques. Il n’y a pas de prouesse ni d’idée originale, mais l’esthétique constitue le premier élément de l’ambiance. Parfois, la caméra arrive à cadrer juste ce qu’il faut pour déterminer les conditions émotionnelles d’une situation. La lumière, au plus ordinaire possible, passe rapidement dans l’oubli. Même si elle définit correctement une action à un instant précis, elle n’a pas le travail effectué sur les couleurs. Parfois clinique, quand il s’agit de dialogues tendus (encore un renvoi au texte et non à la mise en scène) et sinon sombre quand il s’agit de violence, l’esthétique prouve qu’elle a un rôle à jouer dans l’ambiance. Sauf que la presque staticité de la mise en scène posée ne permet aux comédiens de s’intégrer pleinement au décor, qui se révèle plutôt comme un minime défi ouvert.

2 / 5

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