Le jour de mon retour, sage illustration d'une odyssée loufoque

Le jour de mon retour, sage illustration d'une odyssée loufoque

James Marsh n’avait clairement pas le rythme nécessaire dans SHADOW DANCER (2012), mais réussissait à avoir du panache dans la persévérance avec UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS (2014). Le plus surprenant est qu’il lui aura fallu quatre ans pour retomber dans ses travers, quatre ans pour proposer le très décevant LE JOUR DE MON RETOUR. A nouveau dans le récit d’une histoire vraie, le cinéaste met une nouvelle fois ses personnages face à une fatalité, les confronte à un manque qui les prive de quelque chose. Sauf que dans LE JOUR DE MON RETOUR, James Marsh n’a plus qu’un seul personnage à traiter face à la fatalité. Il doit ici composer avec le navigateur amateur, puis avec sa femme restée au pays. Ainsi, le film se concentre davantage sur l’étirement temporel d’une absence, que sur l’aventure. En montage parallèle, le récit a deux points de vue : le personnage de Colin Firth et le personnage de Rachel Weisz.

C’était une bonne et mauvaise idée à la fois. En basculant d’un point de vue à l’autre, le film devient davantage un mélodrame qu’un film d’aventure. Dès le début, avec la longue préparation avant le départ en mer, le film montre ses limites. L’aventure est bien trop grande pour les épaules du cinéaste. Elle se résume alors à des bavardages tel la lecture d’un cahier des charges. Une présentation bien trop longue, pour des complications qui ne servent jamais l’objectif du film. Parce que James Marsh traite de la séparation familiale, alors la construction temporelle d’un voyage ne fait que combler le montage. Ni Colin Firth ni Rachel Weisz ne relèvent le niveau de cette aventure. Des regards dans le vide, avec apparemment du plomb dans les poches, jouent surtout avec maniérisme. Colin Firth est présenté comme un anti-héros qui se fait une réputation, mais son interprétation molle ne permet pas de renouveler une morale usée.

LE JOUR DE MON RETOUR est donc censé mettre en scène une odyssée loufoque, mais le style de James Marsh est bien trop sage pour l’ampleur du sujet. Autant il avait réussi à trouver la bonne direction pour UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS où l’intelligence est l’objet du réconfort et de la persévérance face à la paralysie, où l’esthétique tend à confronter la fatalité à l’amour. Or, dans son nouveau film, le cinéaste ne confronte absolument rien et s’engouffre dans la fatalité. Ainsi, James Marsh ne fait qu’illustrer les différentes étapes de cette odyssée loufoque, dans une esthétique académique qui s’essouffle très rapidement. A force de ne prendre aucun risque, le film n’est qu’un portrait archaïque d’un récit pas si passionnant, dans un faux suspense indigent.

LE JOUR DE MON RETOUR (The Mercy)
Réalisé par James Marsh
Casting : Colin Firth, Rachel Weisz, David Thewlis, Ken Scott, Jonathan Bailey, Adrian Schiller, Olivier Maltman, Andrew Buchan
Pays : Royaume-Uni
Durée : 1h42
Sortie française : 7 Mars 2018

2.5 / 5

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