Le Grand Jeu

Le Grand Jeu

Écrit et Réalisé par Nicolas Pariser.
Avec Melvil Poupaud, André Dussollier, Clémence Poésy, Sophie Cattani, Nicolas Wanczycki, Antoine Chappey, Audrey Bastien.
France. 100 minutes. Sortie le 16 Décembre 2015.

Après La République et Agit-Pop, Nicolas Pariser livre son premier long-métrage avec un casting alléchant : Melvil Poupaud en pleine ascension, le très apprécié André Dussollier et la délicatesse de Clémence Poésy. L’oeuvre se propose d’être un film d’espionnage bien à la française, dans tout son classicisme reconnu, afin de porter un regard prioritaire sur les personnages. Sauf qu’ici, ils n’ont pas énormément d’impacts. Parce que le film circule de lieux en lieux différents, si bien que ceux-ci ne sont que des refuges et non des porteurs d’espoir, les personnages n’évoluent que dans un système qui n’est pas le leur. Le sort de chacun dépend ainsi de l’environnement dans lequel ils sont projetés, sans jamais progresser par eux-mêmes intérieurement.

A l’image du montage et du découpage, les personnages se laissent transporter par une évidence narrative. Le montage subit la volonté de démarquer fortement les scènes posées et les scènes plus rythmées (croiser la police, course poursuite, bagarre innattendue dans un vernissage, …). Quant au découpage, la caméra ne sert que de témoin face aux attitudes et aux mouvements des personnages. Même si la forme peut se voir comme une finesse du point de vue vis-à-vis du protagoniste, elle laisse Melvil Poupaud être isolé de tout son environnement. Comme s’il est en marge de toute l’intrigue et qu’il devient une ombre au tableau.

Le texte du film en est la preuve : Melvil Poupaud n’a pas beaucoup de lignes à dire, il doit surtout s’appuyer sur des réactions physiques (ce qui lui permet d’avoir une bonne performance). A côté de lui, le long-métrage est très bavard et est souvent trop écrit. Pour déterminer la valeur d’une situation, il y a régulièrement l’utilisation de texte explicatif. Les personnages sont à la fois les acteurs et les narrateurs de ces scènes, ne laissant jamais l’image s’exprimer par elle-même. Cela provoque un certain maniérisme dans les propos, où les répliques sont jouées d’avance et servent plusieurs fois le pathos.

Le maniérisme ne s’arrête pas au texte, car il touche également la mise en scène. Quand il s’agit d’être révélateur, le long-métrage propose une staticité de ses comédiens et une caméra qui n’aura d’autre choix qu’avoir recours à plusieurs échelles de plans pour tenter de dynamiser le tout. Puis, quand il faut explorer les sensations et les émotions des personnages, la caméra utilise des légers travellings qui ne trouvent pas leur bon angle de vue. L’excès de plan moyen ne justifie pas la contemplation, mais bien le manque de prise de risque quant au développement des comportements. La mise en scène de Nicolas Pariser s’appuie sur une seule idée : se concentrer sur le factuel et son apport pour le récit de fond.

1.5 / 5

🎙 C'est nouveau et c'est beau : le podcast d'Onlike donne la parole aux artistes et artisans qui font l'actualité de la musique en France et à l'international. Cliquez ici