Le cercle littéraire de Guernesey

Le cercle littéraire de Guernesey

Mike Newell n’est pas connu pour être parmi les meilleurs cinéastes britanniques. Même s’il est le réalisateur de DONNIE BRASCO (1997), de HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU (2005) et de 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT (1994), il était aussi derrière la caméra de PRINCE OF PERSIA (2010), de BAD BLOOD (1981), de LE SOURIRE DE MONA LISA (2003). Autant dire que sa filmographie est une courbe très étrange, aux univers et aux genres très divers. Difficile de pointer un style Mike Newell. Cependant, le cinéaste arrive toujours à attirer par ses castings qui peuvent remplir à eux seuls les tapis rouges. Dans cette adaptation, LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY est interprété par Lily James (Downton Abbey, Baby Driver, Cendrillon, Les heures sombres), Jessica Brown Findlay (Downton Abbey, Harlots, England is mine, Un amour d’hiver), Penelope Wilton (Downton Abbey, Indian Palace, Shaun of the dead), Tom Courtenay (Le docteur Jivago, 45 ans, La solitude du coureur de fond, Quartert), Matthew Goode (Stoker, Imitation Game, Watchmen), Michiel Huisman (Game of Thrones), Katherine Parkinson (IT Crowd, Good morning england).

Rien que cette liste d’actrices et acteurs est un bon argument pour aller voir le film. Maintenant, qu’en est-il du reste ? Le film n’est pas concrètement une romance ou un mélodrame, comme il peut être vendu. Il a une partie historique également, mais qui n’est pas le sujet principal. Le film pourrait finalement se classer dans le drame, voir le thriller. LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY est à la fois un drame social et un thriller, qui se mêlent pour dessiner le chemin emprunté par la protagoniste Juliet (Lily James). Bien que le film démarre avec elle et se termine également avec elle, l’évolution de sa romance est reléguée au second plan. Ainsi, Juliet est une sorte de Hercule Poirot chez Agatha Christie : un pivot qui accompagne le spectateur dans un groupe de personnages secondaires, qui se révèlent être l’objet de focalisation. La caméra, collée aux mouvements de Lily James, navigue entre les personnages secondaires, de manière à développer son récit et dévoiler les ficelles petit à petit.

La romance est au second plan, étant retenue dans la plus grande partie du film (Juliet en pleine recherches sur l’île) avant d’évoluer finalement que dans la dernière séquence du film. Mike Newell a donc compris qu’il n’y a pas besoin de plus de quinze minutes pour faire évoluer une romance. En parallèle, le contexte historique est même bien plus important, prenant davantage de place dans le montage. Même si le film fait preuve de nombreuses ellipses dans sa narration au présent, le récit au passé (les flashbacks) est semé à plusieurs instants éloignés du montage. LE CERCLE LITTERAIRE DE GUERNESEY joue avec le temps : à le remonter pour trouver des moments clés au développement, à le suspendre dans la détresse, et à le couper dans la recherche.

Mike Newell ne fait donc pas un film de guerre ou un thriller ordinaire. Il s’éloigne des schémas classiques (on pourra dire que le roman est écrit comme cela) pour détourner le regard. Le film s’attarde sur ses personnages secondaires avec des cadres fixes, frontaux – comme pour leur rappeler constamment qu’ils vivent un traumatisme. Or, Lily James est l’alter-ego du cinéaste, dans des cadres plus larges et plus souples, où ses mouvements sont plus détendus. Avec un tel sens du cadre, Mike Newell scrute cette petite partie de société sur différentes périodes. Par conséquent, le film réussit à dessiner une quête d’identité et de libération pour chacun de ses personnages. Sauf que les personnalités des personnages de Lily James et de Jessica Brown Findlay sont mis en miroir, arrive alors une sensation de revivre un traumatisme. C’est surtout une façon pour le cadre d’explorer tout ce qui a été détruit, tout ce qui a été laissé à l’abandon, tout ce qui a changé sans le désir de l’être, etc… La caméra et la mise en scène sont les arguments d’un souffrance, celle où les personnages secondaires sont éternellement piégés dans le passé, coincés entre l’inconnu (le mystère de la disparition) et la paralysie (les personnages secondaires n’ont pas évolué depuis cette disparition).

C’est aussi ce que montre l’esthétique, où les couleurs sombres des flashbacks forment une sorte de danger permanent, presque une mort lente et douloureuse. Les personnages secondaires, dans le passé, se retrouvent souvent figés par les événements, isolés dans leur imagination et leurs désirs. Le présent n’est pas totalement différent. La seule nuance est la photographie, plus joyeuse et lumineuse dans l’époque où Lily James arrive sur l’île (l’après-guerre). L’esthétique extérieure dessine le portrait d’une société qui a repris le cours de sa vie quotidienne, qui a balayé les souffrances de l’occupation. Cependant, les intérieurs ne sont pas aussi joyeux. Il y plane encore les malheurs du passé, faisant écho à la détresse intime des personnages secondaires. Les intérieurs n’ont rien de la grâce retrouvée du Londres du début du film. Au contraire, Juliet y fait l’expérience d’un univers plus authentique, plus tourmenté.

THE GUERNSEY LITERARY AND POTATO PEEL PIE SOCIETY (Le cercle littéraire de Guernesey)
Réalisation : Mike Newell
Casting : Lily James, Jessica Brown Findlay, Penelope Wilton, Tom Courtenay, Matthew Goode, Michiel Huisman, Katherine Parkinson, Glen Powell,
Pays : Royaume-Uni
Durée : 2h04
Sortie française : 13 Juin 2018

4 / 5

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