L’autre monde

L’autre monde

Gilles Marchand est connu comme co-scénariste des étranges films de son compère Dominik Moll, ou encore de Laurent Cantet, et également comme auteur assumé de Qui A Tué Bambi?, thriller hospitalier où une ravissante petite blonde courait dans de grands couloirs. Renversement de situation pour un univers plus sombre et virtuel, où jeu vidéo « online » et danse macabre entourent Louise Bourgoin.

On plonge donc dans le Sud de la France, sur les pas de Grégoire Leprince-Ringuet (rarement supportable, ça en devient une habitude..), jeune homme bien sous tous rapports, un peu geek, la copine au bras, qui sillonne en scout les routes perdues autour de Marseille. Jusqu’à croiser celle de Louise Bourgoin donc, qui tente de se suicider en bonne compagnie. Tout ceci les fera remonter jusqu’à un jeu en ligne, univers virtuel où se croisent quelques détraqués (évidemment) désireux de se retrouver dans la vraie vie pour y mettre fin. Le petit plus sera d’inclure du côté réel des choses le très bon Melvil Poupaud, décidément trop rare, en frère caractériel et petit caïd qui mettra quelques bâtons dans les roues du faux couple Ringuet-Bourgoin.

Alors oui, le film joue un peu sur l’actualité du moment, jeux en ligne et ses dérivés : suicides collectifs, tentation du virtuel, sociologie du geek… Basant son récit sur cette double couche de virtuel/réel, Gilles Marchand tente de nous convaincre qu’en quelques clics on peut devenir accro, voir dépendant de ces choses. Certes, son héros est avant tout guidé par une tentation bien réelle, physique envers le mystérieux personnage incarné par Louise Bourgoin, vampirique à souhait dans ses formes magnifiques, dénudant quelques parties pour mieux appâter le jeune homme. Le récit se perd malheureusement dans des tentatives de magnifier tout cela, trop écarté entre un monde virtuel finalement assez absent, et un monde réel relativement creux. Ne créant pas de véritables enjeux à son histoire, le réalisateur tente de nous convaincre de suivre son personnage principal dans son délire, mais malgré tous ses efforts on peine à accrocher à l’ensemble.

On ne niera pas la volonté de vouloir faire un film différend, toujours aussi tortueux que son premier, mais cet Autre Monde n’est pas non plus la réussite attendue. Maladroit, comportant des longueurs, le film se perd dans un dédale scénaristique où le vide se multiplie à vitesse grand V. On aurait aimé plus de tensions, de drame, mais les idées sont retenues tout au long de l’histoire, pour finalement laisser place à une vague image de ce que pourrait provoquer le virtuel sur le réel. Même le twist final parait bien fade face aux idées soulevées… Pour un film qui s’adresse aux geeks, ou du moins aux connaisseurs de ce genre de chose, il n’en reste qu’un embryon d’idée blindée aux errances romantiques classiques. Une déception donc.

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