La conquête

La conquête

Etrange objet que ce film portant sur une actualité brûlante, le chemin de Nicolas Sarkozy vers le trône suprême de 2002 à 2007, un an tout juste avant le retour aux urnes, et dans un contexte où le Président n’est pas au mieux. Opportunisme ou vraie critique, quelque soit la portée du film il est rare de voir un personnage encore en exercice passé au grand écran. Reflet de cette personnalité haute en couleurs, La Conquête ne répondra pas à toutes les promesses d’une telle thématique, et éteindra toute polémique, pour faire naître celle de la réelle utilité politique de ce genre de films.

Au final, La Conquête est un objet bien étrange. Vague simulacre de réalité, copié/collé maladroit mais amical (c’est voulu, les acteurs singeant les vrais politiques d’alors, avec de vrais réussites pour certains) qui veut nous replonger dans une accession au pouvoir d’un homme qui se voulait avant tout à la tête du pays : Nicolas Sarkozy. On le connaît tous, on était tous là à ce moment là (à moins d’emmener ses enfants..). L’histoire est connue, et donc peu de surprises, ce qui reste le gros point faible du film. Rien de nouveau à l’Ouest (de l’Elysée), le cas Sarko est dans toutes les mémoires, et encore pour un moment. Mégalo, bosseur acharné, de droite libérale, le futur Président ne cachait rien, et défonçait un peu les portes ouvertes, au grand détriment de ses camarades de jeu d’alors (Chirac, Villepin..). Un joueur un peu trop perso, qui allait au terme de la campagne victorieuse de 2007, perdre également sa femme, parti avec un publicitaire depuis. Le voilà, le Sarkozy, raillé par ses pairs, toujours diminué, jamais éteint. Le film le dépeint comme un Napoléon du XXIe, isolé mais décidé, qui s’entoure de sa garde personnelle pour arriver à ses fins, tentant de conserver l’unité de sa famille dans son accession au poste ultime.

Aucune surprise donc, si ce n’est celle d’un film peu critique. Le défaut, souligné d’ailleurs par les personnages eux-mêmes, est que nous connaissons déjà tout de ces moments là. Vive la société d’aujourd’hui, où la transparence permet de communiquer beaucoup. Attention, on nous précise que bien que les personnages soient réels, les faits restent de la fiction. Soit. Toujours est il que petites phrases (les sources sont fiables), personnages (Chirac passe pour un idiot, Villepin pour un conspirateur incompétent..) ou situations ont des airs de déjà vus. Restent cette mise en image, cette reconstitution pour nos yeux de « comment Sarko en est arrivé là », pamphlet sympathique, pas trop gentil, ni forcément méchant d’un personnage haut en couleurs, caractériel mais pris en pitié, mis au banc de son bac à sable géant et assez têtu pour en reprendre le contrôle en luttant contre les manipulations extérieures.

On en serait presque au faux documentaire sur la fin. La Conquête ne répondra pas aux attentes du public souhaitant voir un lynchage en règle d’un Président mal aimé (le vrai point faible du Président, qui reste relativement isolé). Loin d’être un plébiscite pour autant, le film raconte surtout la lutte entre un homme seul face au système, qui parvient à en prendre les rênes envers et contre tous, pour finalement se retrouver au sommet. Mais seul, donc. A moins d’un an des nouvelles élections, cette Conquête, vrai film mais fausse critique, n’apportera pas grand chose au débat. Finalement, est ce un mal?