La chute de l'empire américain

La chute de l’empire américain

Le nouveau film de Denys Arcand s’inscrit dans la lignée de LE DÉCLIN DE L’EMPIRE AMÉRICAIN (1986) et de LES INVASIONS BARBARES (2003). Assurément une comédie, le film est surtout une romance perturbée par un thriller au ton burlesque. Ça fait beaucoup à traiter, effectivement. Tout d’abord, il y a un mélange surprenant dans le film : là où l’argent facile donne lieu au thriller, la rédemption donne lieu à la comédie. Sauf que les deux ont du mal à fonctionner ensemble, tout simplement à cause de cette fusion entre l’argent facile et la rédemption. Denys Arcand semble vouloir dénoncer un système, mais l’embrasse complètement dans son récit en mettant en scène un opportunisme. Ainsi, on ne sait plus vraiment ce que le cinéaste tient à ironiser dans sa comédie et son côté burlesque. Peut-être que la comédie est nécessaire car le cinéaste déploie une forme d’optimisme au fil de sa narration. Même en détournant les codes du thriller, LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN n’échappe pas au cynisme de la comédie qui n’arrive pas à effacer ce qu’il tente de dénoncer.

C’est certes très drôle, et même que le film est davantage intéressant dans sa comédie, mais ce qu’il y a autour est bien trop bâclé et inégal. Denys Arcand adopte un ton proche du burlesque, qui permet à son film de se voir comme une fable. Celle qui raconte les aventures d’un protagoniste présenté comme un monsieur lambda, mais qui va devenir un héros pour le récit, grâce à la rencontre de plusieurs personnages secondaires. Rien qu’avec cette idée, le film prend le chemin du stéréotype de la comédie dramatique. Et évidemment, Denys Arcand accumule les personnages secondaires, jusqu’à brouiller complètement le rythme de son film, dont les enjeux (de dénonciation et d’optimisme) se perdent entre la comédie et le thriller. A cause de cela, la mise en scène n’a pas beaucoup à proposer que des idées vieilles comme le cinéma. Des rencontres surprises, des cocasseries pour échapper au regard des agents de police, des discussions qui parent en vrille, des situations totalement prévisibles, etc. La mise en scène a un côté agressif tout autant qu’elle est fragile. Parce que Denys Arcand s’amuse à salir les institutions, il a une manière paresseuse et rose-bonbon de lier ses personnages.

Bien que Denys Arcand a déclaré récemment qu’il n’avait plus rien à prouver à qui que ce soit, ce n’est surement pas une raison pour autant lâcher prise. LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN semble être fait pour rameuter le grand public vers un film qui est certainement plus intelligent qu’il n’y paraît. Ainsi, l’esthétique du film n’a rien d’oppressant, ni d’agressif comme peuvent l’être la mise en scène et le discours. Au contraire, l’esthétique se laisser aller à témoigner de discussions cocasses, ou de petits moments de bravoure. Le cadre se contente de rester aux côtés des personnages, et de tout expliquer / suggérer aux spectateur-rice-s. L’esthétique grossit le trait du thriller, en même temps qu’elle ne se focalise que sur les effets comiques de la mise en scène. Si la mise en scène n’avait pas atteint ce niveau d’optimisme et de burlesque, l’esthétique n’aurait pas suffit à créer l’élan de l’ironie. L’esthétique est trop propre, n’épousant aucun point de vue : si bien que le cadre ne fait qu’alterner les différents points de vue apportés par les personnages. Sans même prendre la peine de regarder l’environnement politique et social dans sa profondeur pour renforcer son propos, Denys Arcand concentre son cadre sur une ambiance instantanée, juste pour capter la parole à un moment précis. Un geste bien trop faible et inabouti, en soi.


LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAIN
Écrit et Réalisé par Denys Arcand
Avec Alexandre Landry, Maripier Morin, Rémy Girard, Louis Morissette, Maxim Roy, Pierre Curzi, Vincent Leclerc, Yan England, Éric Bruneau, Florence Longpré, Benoît Brière
Canada
2h07
20 Février 2019

2.5 / 5

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