La ballade de Narayama

La ballade de Narayama

Orin, une vieille femme des montagnes du Shinshu, atteint l’âge fatidique de soixante-dix ans. Comme le veut la coutume, elle doit se rendre sur le sommet de Narayama pour être emportée par la mort. Mais avant d’y aller, elle assiste aux actes de sa famille dans le quotidien du village. LA BALLADE DE NARAYAMA se présente alors comme une chronique, où de nombreux personnages sont mis en scène dans leur quotidien, et dont les préoccupations sont des plus ordinaires (la nourriture, la vieillesse, le mariage, le sexe, etc). Sauf qu’il y a une préoccupation qui plane et qui influence tout le film. La mort est le point central du film. Imamura y met en scène des corps fatigués, de la violence humaine, des rapports tendus, etc. Toutes les attitudes et toutes les séquences du film convergent vers un même point, vers une même temporalité : la mort qui se profile en fin de récit. Ainsi, la chronique amorce une sorte d’anticipation / de préparation à l’avenir après cette mort annoncée.

Mais cette mort attendue provoque une sorte de chaos. Imamura n’explore pas une communauté paisible, calme et joyeuse. Il filme les difficultés, le côté sombre de l’homme. Dans un lieu reculé de la civilisation urbaine, l’immensité de la nature engloutit toute relation humaine saine, et fait ressortir tous les maux de l’humain. Il y a un miroir certain entre la nature filmée et les personnages mis en scène. Les deux font preuve de froideur, de bestialité, d’insensibilité et de noirceur intérieure. Ce qui surprend est l’excès porté sur le côté primitif de l’environnement et des comportements humains. Le cinéaste ne filme pas une belle nature, il ne fait pas de contemplation joyeuse. L’exploration de la nature, de la montagne et leur contemplation font état d’un mauvais état. Et cela fait écho à la situation de la vie des personnages : il y a des rats, un personnage a un soucis d’odeur, la situation du nouveau-né, le sacrifice familial, etc. Cependant, tout cela n’est pas irrationnel dans le film, car Imamura déroule ces situations et ces images dans un rythme à l’allure logique. Comme si cette chronique tend à être très proche de la réalité.

Le cinéaste nippon est fasciné par les corps, par le sang, par la nature. Il filme les corps de près, explorant la déviance de l’humanité. Sans aucun scrupule, il fait de sa communauté et de sa nature le théâtre du grotesque. Même si certaines paroles sont trop explicatives, le film porte haut son message et ne cesse de le brandir : celui où les êtres humains sont des bêtes et doivent s’intégrer au cycle de la nature. Au-delà de faire un miroir entre la nature et les humains, sur un montage parallèle avec des gros plans d’animaux, LA BALLADE DE NARAYAMA développe une certaine idée de la religion et de la coutume. Les personnages sont aussi en pleine communion avec la nature. Il suffit de voir la signification de la montagne. Mais surtout, la grande majorité des plans d’Imamura se déroulent en extérieur. Le moindre détail est filmé en gros plan, offrant alors un esprit très lyrique à l’exploration de cette bestialité et de cette froideur. Toujours accrochés à la nature, au point d’y avoir toutes les relations sexuelles (et même une relation zoophile), les personnages s’intègrent pleinement à elle, presque dans une idée de conversion à l’animalité. Ce qui n’a rien de dégradant, mais ce qui accentue le lyrisme de la nature. Parce qu’au fond, Imamura filme avant tout un carnaval de pulsions et de passions.

LA BATAILLE DE NARAYAMA
Réalisé par
Shôhei Imamura
Scénario de Shôhei Imamura, à partir de la nouvelle de Shichirô Fukazawa
Avec Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Tonpei Hidari, Aki Takejô, Shôichi Ozawa, Fujio Tokita, Sanshô Shinsui, Seiji Kurasaki, Junko Takada, Mitsuko Baishô, Taiji Tonoyama, Nenji Kobayashi, Nijiko Kiyokawa
Pays : Japon
Durée : 2 h 10
Sortie française : 28 Septembre 1983
Sortie restaurée : 11 Juillet 2018

4 / 5

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