L'ange

L’ange

Le cinéma social sud-américain a le vent en poupe ces dernières années. De plus en plus distribué en France, il bénéficie d’une visibilité de plus en plus méritée. Luis Ortega fait partie des cinéastes sud-américains avec une forte envie de capter une sensation dans la société. Tel Kléber Mendonça Filho au Brésil, ou Pablo Larrain au Chili, ou Santiago Mitre aussi en Argentine, il y a la même intention de saisir des portraits percutants pour sensibiliser à une gravité. Mais, tout comme ses confrères cités auparavant, Luis Ortega ne s’intéresse pas à être purement factuel, purement dénonciateur, ou même provocateur. L’ANGE évite habilement l’atrocité et la monstruosité du personnage (inspiré par un réel voleur devenu assassin). Luis Ortega préfère se placer du côté de la beauté, et explorer le mystère qui entoure la personnalité du jeune Carlos.

Une beauté qui se caractérise par la combinaison de la poésie photographique et de la tragédie romancée. Avec une gueule d’ange, le personnage Carlos n’est plus le monstrueux assassin qui a inspiré le film. Il est désormais un jeune homme qui attire d’autres personnages vers lui. Peu importe où il se trouve et ce qu’il fait, la photographie de Julian Apezteguia (qui a l’habitude de composer des tons sombres et une ambiance troublante) crée la suggestion : la poésie des corps et de leurs rapprochements permet de ne pas dévoiler tout l’aspect tragique derrière les actes commis. La poésie se caractérise par l’apport de multiples couleurs, où chaque geste est magnifié comme une attitude gracieuse, portée par la fougue de la jeunesse. Cependant, chaque geste a ses conséquences. Que ce soit dans la musique ou dans la photographie, le ton tragique domine toujours. La couleur noir et les couleurs froides dominent, sur lesquelles sont aposées quelques bribes de couleurs chaudes.

Une sorte d’outrage sublimé, où Luis Ortega pose les questions d’une attirance envers ce jeune homme, mais ne cherche pas les réponses. Le cinéaste ne s’intéresse pas à résoudre l’outrage, il l’illumine pour en explorer la vitalité et l’énergie de son jeune protagoniste. Parce que, dans sa mise en scène, Luis Ortega fait converger les mouvements des corps vers les désirs, vers l’attraction du danger. Mais aussi, la mise en scène permet de voir comment le corps de Carlos est le moteur de toute la tension. Il faut donc comprendre l’intention de Luis Ortega, à travers l’attitude comportementale de Carlos : il ne s’agit pas d’étudier le protagoniste, ni d’étudier la dimension tragique du récit. La mise en scène est concentrée sur la fascination exercée sur ce jeune qui pervertit les sensations.

Sans jamais donner à voir l’érotisme qui brûle à l’intérieur du jeune protagoniste, L’ANGE est un tourbillon intime et sensuel. Le cadre de Luis Ortega suit de très près son protagoniste, l’accompagne dans des espaces sublimés, et se conjugue à la plupart de ses mouvements. La tête toujours en avant et le regard déterminé, Carlos peut compter sur le cadre pour suggérer ses bouleversements sentimentaux, mais surtout pour capter cette recherche du contact entre les corps, que ce soit dans le sensuel ou dans la violence. Bien que, Luis Ortega ne permet pas de faire évoluer cette sensualité. Une fois que son protagoniste a gravit la marche d’un danger supplémentaire, le film se pose dans ce rythme. Un second acte montre Carlos s’associer avec un camarade d’école et avec sa famille, mais le montage finit par se répéter et l’esthétique n’a plus qu’à dérouler ses acquis. Un second acte plus dramatique et factuel, davantage encré dans le thriller, et donc moins captivant. On retiendra pourtant l’envie constante de faire du cadre un oeil qui capte le plaisir du danger.

L’ANGE (El Angel)
Réalisé par Luis Ortega
Scénario de Luis Ortega, Sergio Olguin, Rodolfo Palacios
Avec Lorenzo Ferro, Chino Darin, Daniel Fanego, Mercedes Moran, Cecilia Roth, Peter Lanzani, Luis Gnecco, Malena Villa, William Prociuk


Argentine, Espagne – 1h58
9 Janvier 2018 – distribué par UGC Distribution

4 / 5

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