Jusqu'à la garde

Jusqu’à la garde

La violence est d’abord invisible, suggérée, dans cette salle d’un tribunal où les anciens conjoints s’opposent à coups de joutes verbales – par l’intermédiaire d’avocates. Le film commence de plein fouet avec la tension de la séparation, de la souffrance. Dans ce début, le corps n’est encore que figé, comme celui de Miriam (Léa Drucker) qui ressemble à une paralysie causée par la peur. Celui de son ex compagnon Antoine (Denis Ménochet) est plus décontracté, parce qu’il est plus éloquent et volontiers. Alors que Miriam reste muette pendant un long moment. Se joue ici la garde de leur fils de 11 ans. Cette joute verbale est une entrée fracassante dans l’expressionnisme du film. Avec le travail sur la durée, les quelques silences, les changements d’angles de vue, Xavier Legrand instaure une forme d’imagination. Il s’agit du regard de l’enfant, qui commence dans la suggestion / l’imaginaire. Ce n’est pas du réalisme, parce qu’en commencant son film ainsi, le cinéaste narre un conte au mécanisme angoissant : les personnages présents dans le cadre suggèrent différents passés, afin d’imaginer différents futurs.

JUSQU’A LA GARDE est un pur film d’ambiance, où la tension progresse petit à petit, faisant grimper doucement l’adrénaline. La mise en scène prend la forme d’un piège qui se referme de plus en plus sur les personnages, réduisant ainsi les espaces à un appartement et une baignoire (avec une suggestion sur la forme d’un foetus, très bien vu). Mais davantage que la mise en scène, qui ne se développe que via la répétition d’une idée de la violence, il y a l’ambiance qui offre beaucoup de moments troublants. Que ce soit un coup de poing sur un siège d’automobile, ou un coup de main sur une table, ou un fusil, ou un personnage qui court après un autre, tout est à propos de l’ambiance. Celle-ci est constituée de fortes émotions, même si essentiellement la peur. Passons rapidement sur cette horrible séquence de fête d’anniversaire, versant dans le mélo pathos (une fille qui s’apprête à pleurer mais ne pleure pas, une fausse disparition, une masse d’invités pour faire semblant quand la mère s’éclipse, …) ; avant d’en arriver à une merveilleuse dernière séquence. Cette scène finale, digne du genre de l’horreur, est tellement remplie d’émotions honnêtes qu’elles finissent par exploser.

C’est le regard du jeune Julien qui produit cette ambiance, mais qui cause surtout l’imaginaire. Pas trop éloigné du réel, le film se construit comme une chronique à plusieurs étapes (on retient ces ellipses implicites, le récit / scénario se concentrant ainsi sur des moments clés). Le gros soucis avec cet imaginaire, est que la mise en scène reste bloquée sur la répétition des instants de peur. Telle une extrapolation imagée des joutes verbales de la toute première scène, devant la juge. Le montage est alors basé sur la redondance, celle d’un point de vue qui met en lumière le point central de la violence, et ne cherche jamais à s’attarder sur des moments comme celui de la baignoire à la toute fin. Xavier Legrand reste focalisé sur l’urgence, et ne prend pas le temps de temporiser, faisant grossir sa mise en scène comme un furoncle sur le point d’éclater (sans chercher les moments où l’on cherche à le soigner pour un peu de réconfort). Même si l’idée de l’imaginaire psychologique est fascinante, le film ne parvient pas à nuancer le regard du jeune Julien, tout le temps pressé par la peur.

JUSQU’A LA GARDE
Réalisé par : Xavier Legrand
Casting : Thomas Gioria, Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux, Florence Janas, Mathieu Saïkaly, Jenny Bellay
Pays : France
Durée : 1h33
Sortie française : 7 Février 2018

3.5 / 5
28 février 2018