Joel, une enfance en Patagonie

Joel, une enfance en Patagonie

Film social à n’en pas douter, au propos socio-politique évident sur la tolérance et la solidarité, JOEL, UNE ENFANCE EN PATAGONIE se construit progressivement avec plusieurs étapes évidentes. Carlos Sorín met clairement en scène un film de sujet, un film dont l’idée de départ est un propos et non une forme. Le cinéaste se situe dans la thématique de la parentalité, des relations parents / enfants. Ici, le thème prend le point de vue féminin, en écartant légèrement le rôle principal masculin. Le film explore le parcours d’une femme qui essaie d’être une mère (ce qu’elle n’est pas au début), et fait tous les efforts pour le devenir malgré tous les obstacles pour l’être. Ainsi, l’adoption et l’intolérance autour de Joel ne sont que des éléments déclencheurs, qui permettent d’explorer le combat d’une femme. Tout cela dans un réalisme permanent, aussi bien dans le fond qu’avec la forme.

La grande qualité du réalisme du film, est que Carlos Sorín projette les discriminations subies par Joel sur les parents : c’est-à-dire que cette souffrance est le miroir de la personnalité des parents, et donc le miroir d’une société. Le cinéaste explore les drames d’une société via la transmission aux enfants. L’école est alors l’image d’une société cruelle et tragique. Ainsi, l’école n’est pas un espace à part dans le film, elle est le fondement du réalisme social dont le cinéaste fait le portrait. Le cinéaste travaille sur cette fonction des espaces, où le réalisme prend toute son importance avec les détails. Dans l’habitation familiale, le film est plus chaleureux et bienveillant grâce aux détails de l’intimité / du quotidien et des étapes d’apprentissage. En opposition, les espaces extérieurs (école, lieu de travail, rues, commerces, etc…) sont beaucoup plus tragiques et montre une certaine impuissance de l’individualité face à un groupe. JOEL, UNE ENFANCE EN PATAGONIE parle de la communauté, de sa manière de mettre la pression sur quelques personnes pour arriver à ses fins, pour montrer la violence possible quand une communauté devient cruelle.

Les espaces extérieurs sont quasi documentaires, provoquant une impression de solitude et de suffocation en même temps. Malgré tout, Carlos Sorín met en scène des personnages aux caractères forts, qui essaient de résister autant que possible, mais aussi avec une complexité dans le rapport pensées / attitudes. Le film possède donc une mise en scène souvent tendue et électrique lorsque la communauté est dans le champ ou dans le hors-champ. Mais lorsque le film est dans le cocon familial, la mise en scène est plus sobre mais pas pour autant plus douce. Avec beaucoup d’improvisation et d’observation, Carlos Sorín cherche constamment la vérité et le concret dans les attitudes de ses personnages. JOEL, UNE ENFACE EN PATAGONIE est donc un film qui oppose le réalisme de l’espace intime avec le réalisme des espaces en communauté. Un geste d’observateur qui pourtant marque trop de distance dans ses cadres. Un film qui délaisse quelque peu le pouvoir de l’image au profit d’un réalisme absolu. Carlos Sorín joue beaucoup sur les regards des personnages, il aurait été tout aussi intéressant de jouer aussi sur le regard apporté par l’image, s’enfermant souvent dans le factuel éphémère et laissant la tragédie en suspens dans le non-dit.


JOEL, UNE ENFANCE EN PATAGONIE (Joel)
Écrit et Réalisé par Carlos Sorín
Avec Joel Noguera, Victoria Almeida, Diego Gentile, Ana Katz, Gustavo Daniele, Emilce Festa
Argentine
1h40
10 Juillet 2019

3.5 / 5

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