Jellyfish

Jellyfish

Dinard Film Festival 2018 – Compétition / Hitchcock d’Or

Premier long-métrage réalisé par James Gardner, mais aussi le premier long-métrage dans lequel joue Liv Hill, la jeune actrice de 18 ans (actrice principale du film). Il y a des premiers longs qui sont juste corrects, d’autres qui font preuve de promesses pour l’avenir sans pour autant être totalement aboutis (comme SHÉHÉRAZADE de Jean-Bernard Merlin). Mais JELLYFISH est un premier long-métrage qui a déjà la force et la conviction d’une oeuvre en cours de construction. James Gardner impressionne par la conviction avec laquelle il capte une société cruelle et froide. Quand on sait que ce film a été produit et tourné avec des moyens très (très) réduits, il est nécessaire de tout donner artistiquement, de faire une proposition cinématographique. Là où certains seraient tombés dans le piège du misérabilisme et de la larmoyance avec ce sujet, James Gardner narre la sensibilité comme une réaction brute, tel un coup de poing.

JELLYFISH n’est pas une peinture sociale, car Sarah (jouée par l’épatante jeune actrice Liv Hill) ne combat pas la société ni son environnement. Elle ne demande pas l’aide, elle est indépendante et non en marge, elle représente une partie de la jeunesse qui est obligée de grandir trop vite. Mais JELLYFISH ne pointe jamais la faute sur quelque personnage que ce soit. Les faits et le contexte sont tels que Sarah est déjà une adulte pour son jeune âge. Ainsi, James GARDNER filme la rage d’une adolescente qui suit un chemin de répétition pour réussir à vivre (les cours, le travail, les extras, son frère et sa soeur, etc). Liv Hill arrive à montrer la sensibilité de Sarah selon le ton, avec un visage figé par moments, avec une colère explosive parfois, ou même par l’émotion impulsive. Une mise en scène qui prend tout son sens avec le cycle représenté : malgré ses efforts, Sarah se retrouve constamment dans les mêmes défis.

James Gardner réussit à garder la teneur dramatique et tragique de l’ambiance, parce qu’il offre deux espoirs à sa protagoniste. Premièrement, JELLYFISH voit l’art (et notamment la comédie) comme un échappatoire, un moyen de se libérer de la tragédie. A quelques reprises, l’écriture et la découverte de comédiens permet à JELLYFISH se consacrer une pause à son schéma dramatique. Un petit relâchement du récit qui sert également à la mise en scène. Parce que sans cela, le film aurait sombré dans le drame dogmatique. Deuxièmement, James Gardner a un vrai sens du cadre. Toujours proche de Liv Hill, il travaille les angles de vue pour apporter un caractère résigné à la situation. Avec son cadre, le réalisateur permet pourtant de créer l’empathie dans le piège que représente la ville. Avec une photographie aux couleurs froides et un traitement presque naturaliste, JELLYFISH s’empare de l’espace pour en faire le terrain de lutte intime de Sarah. Celui où elle doit trouver sa voie, au-delà du cycle dans lequel elle est piégée. Une scène, un lieu en bord de mer, un train, un vélo, etc… sont autant de moyens pour Sarah de croire à l’échappatoire. Davantage qu’une initiation, JELLYFISH est un voyage intime, une quête vers un ailleurs moins cruel.

JELLYFISH
Réalisé par James Gardner
Scénario de James Gardner, Simon Lord
Avec Liv Hill, Jemima Newman, Angus Barnett, Tomos Eames, Lee David Brown, Oliver Jones, Henry Lile, Sinead Matthews, Connor Mills
Royaume-Uni / 1h41 / 2018

3.5 / 5

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