J. Edgar

J. Edgar

Clint Eastwood brosse un portrait passionnant du fondateur et directeur emblématique du FBI, de 1919 à 1972. A travers lui, ce sont des parties importantes de l’histoire américaine qui sont dépeintes, Hoover ayant « résisté » à huit présidents pour asseoir son Bureau comme une véritable institution.

Mais ne nous y trompons pas, et Eastwood y contribue : J. Edgar Hoover n’était pas sympathique. Obnubilé par le patriotisme (jusqu’à mettre en place des dossiers confidentiels très personnels), refoulant son homosexualité (jusqu’à la violence), préoccupé par son image et celle du FBI (jusqu’à mentir sur les faits), il a fait souffrir inutilement beaucoup de proches. Pourtant, J. Edgar nous montre aussi l’homme talentueux et novateur, qui a notamment révolutionné l’investigation en instituant la méthode des empreintes digitales et en plaçant sa foi dans l’enquête scientifique.

Très bien réalisé (avec de bons allers-retours entre les époques) mais surtout très bien interprété : Leonardo DiCaprio impressionne une nouvelle fois dans le rôle-titre, et une multitude de personnages secondaires viennent admirablement l’épauler, à commencer par Clyde Tolson son bras-droit, interprété par Armie Hammer (qui jouait les deux jumeaux Winklevoss dans The Social Network de Fincher).

Sans que l’on puisse réellement démêler le vrai du faux autour d’un personnage aussi emblématique, J. Edgar est un biopic que l’on souhaite au plus proche de la vérité.

CRITIQUE DE MG

Clint Eastwood n’a plus rien à prouver, mais tout de même deux films à se faire pardonner. INVICTUS et AU-DELA ne sont pas parmi ses meilleurs, après une décennie de grande volée. C’est avec une histoire toute américaine qu’il revient en très grande forme, le destin d’un homme à pouvoir, celui de J. Edgar Hoover, omnipotent patron du FBI de sa création aux années 60, oeuvrant dans l’ombre pour protéger les intérêts de son pays.

Mais J. EDGAR ne parle que peu de géopolitique, de conflit mondial ou de lutte contre les méchants communistes (c’est d’époque). Eastwood, plutôt que de faire le portrait polémique de Hoover (il y a tout pour..), préfère se concentrer sur l’homme privée derrière le public. Le Hoover que l’on ne connaît pas, ou peu. S’appuyant sur un script de Dustin Lance Black (Milk), Eastwood nous raconte donc un Hoover isolé, à la paranoïa grandissante, en manque d’affectif (sa vie privée se reposant sur sa mère, jusqu’à son décès), ayant peur de tous et à la confiance nulle. Bien qu’avide de pouvoir et très ambitieux, Hoover construira sa carrière en se jouant de tous, en manipulant (par chantage ou autre) tous les rouages de l’administration de son pays, conservant son FBI à ses seuls fins. Portrait édifiant d’un des hommes les plus puissants de son pays, aux peurs d’enfant et à l’isolement le plus total.

Eastwood parvient en 2h15 de film à raconter Hoover de ses débuts à sa fin, des années 20 aux années 60. A force d’aller-retour au gré de son histoire, revenant sur les parties importantes de sa carrière. Porté par un Di Caprio imposant comme toujours (que ce soit en version jeune ou vieux), le film réunit une galerie de seconds couteaux assez imposante. Bien moins action qu’un PUBLIC ENEMIES, ce J. EDGAR se désintéresse totalement du contexte global (bien qu’esquissé, de loin) pour mieux se concentrer sur cette figure importante de son temps, finalement pour le démystifier. Que ce soit totalement réel ou non, peu importe, on cerne désormais mieux les contours énigmatiques de Hoover. Un pari réussi, pour un retour très en forme d’un grand réalisateur.

4 / 5

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