Into The Woods

Into The Woods

Réalisé par Rob Marshall. Écrit par James Lapine et Stephen Sondheim. Avec Meryl Streep, James Corden, Emily Blunt, Anna Kendrick, Chris Pine, Lilla Crawford, Daniel Huttlestone, Mackenzie Mauzy, Billy Magnussen, Johnny Depp, Tracey Ullman, Christine Baranski. Etats-Unis. 120 minutes. Sortie française le 28 Janvier 2015.

L’adaptation d’une comédie musicale est un exercice dangereux, car il ne s’agit pas d’appropriation, mais de ré-écriture pour le format narratif cinématographique. En cela, il est essentiel que chaque personnage trouve sa cohérence dans la progression narrative. Il est alors nécessaire que chaque tableau, composé respectivement des intrigues individuelles, finissent par trouver un point d’attache pour créer de nouveaux tableaux plus amples. Sans cela, impossible d’en arriver à l’évolution d’une ambition où des contes de fées se réunissent pour en créer un unique. Avec sa pléiade de personnages, le film surfe sur des personnages déjàs connus du public de Disney. Là où le film est intéressant dans son pitch, c’est que les tableaux individuels et les tableaux collectifs se forment dans un même espace : un bois. Cet espace sera donc l’occasion pour Rob Marshall (CHICAGO, NINE, PIRATES DES CARAIBES 4) d’explorer et de faire progresser ses personnages.

L’ambition de l’espace boiseux, est d’y faire résider tout le mystère des contes de fées de Disney. Que ce soit Jack et ses haricots magiques, Cendrillon, Raiponce, le petit Chaperon Rouge : la source de leur intrigue personnelle (les contes que l’on connait tous) se trouve dans les bois. Ainsi, l’espace du bois devient la source du mystère et le point d’arrivée également : la très grande majorité du film se déroule dans les bois. Dans cette façon de tout centrer dans les bois, Rob Marshall met en scène une boucle où le cycle du nouveau conte de fée continue, sans cesse, de tourner autour des arbres et des feuilles. Sauf que les personnages suivent un but bien précis, respectivement. Dès lors que les quêtes personnelles démarrent, le conte de fée démarre et le bois se transforme en l’espace d’une errance. Des personnages qui titubent dans l’inconnu, pour percer le mystère de leur quête.

Malgré cette errance dans les bois, le film stagne dans sa proposition esthétique. Dès les premières minutes dans les bois, le spectateur est fixé. L’errance se traduit sur de longs chemins facilement oubliables, des arbres qui dépassent les dimensions de l’écran, des branches qui s’étendent à la démesure, des faisceaux de lumière qui apparraissent au second plan, etc… Tout cela est bien agréable à regarder, mais la volonté de pointer le mystère n’est pas assez appuyée. L’espace n’est pas exploité dans tout son potentiel, afin que les personnages en soient le reflet. Les quêtes changent le comportement et la personnalité des personnages, mais des répliques du genre « You changed since you’re in the woods. » n’alimente pas une ambiance.

Même si il est intéressant de voir à quel point Disney subit un assombrissement de son état d’esprit. Le clinquant, le haut en couleurs, le tout joyeux, etc… est abandoné au profit d’une noirceur du conte de fée. Avec uniquement des couleurs sombres et ternes (jusqu’aux costumes des acteurs), le film montre que Disney peut partir du côté sombre. Cela ne suffit pas, car la tragédie des personnages passe à la trappe. La mort d’un personnage (promis, pas de spoiler), la révélation sur un proche, les vérités qui tombent, etc… ne sont jamais accentuées. La tragédie, dans la part humaine des personnages, est bien trop lisse. Rob Marshall, ainsi que ses deux scénaristes, ne font que regarder ces effets dramatiques à la surface. Ces tragédies ne créent aucun désir d’empathie : il faut juste contempler la quête pleine de mystère des personnages.

Cette contemplation provoque un gros défaut au film : il n’y a jamais d’impression de réel contrôle affectif sur les personnages mis en scène. Le défaut le plus navrant du film, c’est que tout est sujet à être chanté. Les acteurs qui chantent, la musique type Disney sont bien trop présents. Déjà que le film dure deux heures, chaque situation a sa propre chanson. Pas sa propre musique, puisque le compositeur et le réalisateur ont décidé de jouer sur de la répétition (peut-être un gain de travail de réflexion). Autre élément terrible dans le film : l’association mise en scène et mouvements de caméra lors de ces chansons. Il y a des semblants de chorégraphies assez troublantes : les acteurs font quelques pas (devant, derrière, gauche, droite, diagonale), se cachent derrière les arbres, se mettent en pleine lumière, … et la caméra tourne autour d’eux (sous plusieurs angles de vue). De cette façon, Rob Marshall veut donner l’impression d’une chorégraphie : loupé, ça rend un mélange hybride de points de vue inutiles et d’acteurs perdus.

Même si la poésie des contes est bien grossie, survolée, pour donner cette intrigue unique : il faut garder en tête l’énergie qui s’empare du film. Au-delà de la contemplation irritante qui traverse le film, Rob Marshall utilise ses plans courts pour créer une montagne russe dans ces quêtes mystérieuses. Là où certains réalisateurs utiliseraient les longs plans (voire les plans-séquences) pour laisser transparaitre le regardez ce que je sais faire en esthétique, Rob Marshall utilise ses personnages pour créer l’envoûtement. Ce sont les comportements de ses acteurs qui vont amener le découpage et le montage. Le réalisateur n’hésite pas à cadrer les acteurs plein face pour faciliter une immersion dans les quêtes mystérieuses de ce conte. Ainsi, le film n’utilise son décor que pour justifier le traitement d’un personnage dans une situation précise. Bien que, la nostalgie diminue petit à petit, mais très rapidement lorsque les répétitions surviennent (les tableaux collectifs explorés de nombreuses fois) et dans la dernière demi-heure (la conclusion du fond passe avant la conclusion formelle, qui stagne et n’offre rien à son fond).

Malgré ceci, il faut noter la volonté de déconstruire la magie gentille et cynique (et niaise, argument si bien choisi par de multiples cinéphiles pour qualifier Disney) que les contes de fée Disney font souvent preuve. Même si un enfant de dix ans ne sera pas choqué par ce film, quelque chose s’est apparemment installé depuis le passage de Sam Raimi. Une sorte d’ironie et d’absurdité s’est emparée des histoires offertes sur nos grands écrans. Le film utilise à fond les clichés et la longueur des quêtes. Mais comme le dit et le joue si bien Meryl Streep à un moment : « We don’t care !« . On se fout de savoir certaines choses, mais c’est une petite force pour le film. Tout son premier degré est assumé dans une forme d’absurdité qui veut dévoiler une pensée : ils savent qu’ils font des sottises gentille et cyniques, mais ils s’en amusent à fond. Il n’y à qu’à remarquer les attitudes de Meryl Streep, qui est toujours en paradoxe avec le comportent des « méchants » habituels des contes de fée. A ses côtés, des personnages un peu sous-développés mais qui sont caractérises par leur personnalités alambiquées. Des personnages ridiculisés, des instants burlesques dans l’illusion, des moqueries joyeuses, etc… Nous ne parlerons pas de Johnny Depp, décidément insupportable dans sa façon de revenir constamment sur des personnages qu’il a déjà incarné (l’impression dans ce film de revoir le Chapelier Fou).

2.5 / 5

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