Hors Normes

Hors Normes

C’est l’histoire d’une avant-première, où seuls les noms Toledano & Nakache suffisent à remplir une salle Gaumont. Perdu dans la masse qui applaudissait le film, je me sentais seul à être déconcerté par ce film que je n’ai pas aimé du tout. En sortant, un spectateur me demande mon avis, pour finir par me dire « ah, vous n’êtes pas très sociable ». Voilà comment le cinéma populaire manipule bien les esprits, où l’idée d’un film passe finalement devant son accomplissement / développement. À croire que parfois, seulement écouter suffit et il n’est plus nécessaire de voir. Voir la complaisance et les problèmes d’un film, qui peut être très gênant selon le point de vue qu’il prend. Oui, HORS NORMES est problématique. Rien que son titre suggère qu’il existe une normalité, où les personnages autistes ne correspondent pas. Et que dire du titre anglais, THE SPECIALS

Le choix d’en faire une comédie n’est évidemment pas le soucis, au contraire. Cela permet aux cinéastes d’adopter un ton léger, et de créer une forme d’empathie, de bienveillance et de tendresse envers les personnages autistes. À travers les personnages de Vincent Cassel et de Reda Kateb, et de leurs associations, HORS NORMES dénonce la situation horrible réservée aux autistes, qui ne trouvent pas beaucoup d’endroits où ils peuvent vivre et être acceptés, voire même travailler. Cependant, la comédie ne peut pas faire tout le travail qu’impose un tel sujet porté sur le social. La dénonciation du film manque tellement d’une partie de tragédie, de cruauté, de souffrance. Le ton est beaucoup trop complaisant, léger, car les deux cinéastes ne cherchent jamais à creuser la tragédie intime et la gravité des situations. Ils préfèrent dérouler le tapis des bons sentiments, arrondir les angles de chaque situation, et célébrer des personnages qui n’existent qu’en surface. Sans jamais travailler le corps ou explorer l’espace intime des personnages autistes, HORS NORMES ressemble souvent à un film à sketches, compilant des moments de bravoures pour faire la gloire aux bons sentiments.

C’est le grand problème du film : il ne prend pas le point de vue des personnages autistes, il prend le point de vue de Bruno (Vincent Cassel) et de Malik (Reda Kateb) jusqu’à même créer un arc narratif avec un nommé Dylan, personnage issu de quartiers pauvres qui doit aider Malik dans ses missions pour apprendre à s’intégrer. Dylan a un arc narratif plus développé que certains personnages autistes, et c’est un comble. Les jeunes ne peuvent donc jamais sortir de leur bulle marginalisée, le film (à cause de son point de vue) ne faisant qu’appuyer les différences supposées de ces jeunes personnages autistes. Toledano & Nakache n’observent pas le monde ni la vie des personnages autistes, ils observent la vie de ceux qui s’occupent d’eux. Ainsi, la mise en scène préfère rire des difficultés des personnages autistes, plutôt que de les voir comme une souffrance quotidienne. Oui, c’est problématique, surtout quand le film se résume à d’innombrables champ/contre-champ car comme dans n’importe quelle comédie populaire française, on ne sait pas travailler l’image. On se contente de créer une comédie dégoulinante de bons sentiments sans aucune transgression, pour plaire au plus de spectateur-rice-s possible. HORS NORMES est de la poudre aux yeux.


HORS NORMES
Écrit et Réalisé par Eric Toledano, Olivier Nakache
Avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent, Bryan Mialoundama, Alban Ivanov
France
1h54
23 Octobre 2019

2 / 5

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