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Beaucoup se sont essayés à filmer et explorer les malheurs, les pulsions, la fougue de la jeunesse. On retient surtout John Hughes, Larry Clark et un peu Sofia Coppola, et d’autres non cités mais qui restent importants. Ici, Fien Troch s’est trompée sur une grande partie du chemin. Pourtant, le sujet est louable et il n’est pas d’intérêt / logique de le remettre en question. D’un point de vue purement narratif, le film est très intéressant car il arrive à intervertir les points de vue et les émotions selon la progression des malheurs. Les jeunes acteurs sont doués et rendent leurs attitudes hypnotiques, dans un portrait de fond sans concession pour une jeune génération totalement en dehors du temps.

Cependant, le long-métrage est une oppression esthétique constante. Fien Troch semble vouloir écraser et tourmenté de plus en plus ses spectateurs, au point de rendre ses scènes toujours plus folles. Les nombreux plans courts qui s’enchaînent dans une seule scène, sont comme plusieurs coups de couteaux dans le dos, et cela répété inlassablement jusqu’à la fin en poignardant de plus en plus fort. L’esthétique est comme un étau, resserrant sans cesse de plus en plus l’ambiance dans des sensations sauvages et de douleur. Il s’agit d’aller toujours plus loin dans la tragédie, dans des images toujours de plus en plus dans un effet clinique. Nous sommes loin de la justesse poétique et mortifère de Emir Baigazin, ici il s’agirait davantage d’une fausse émancipation sous le joug d’un regard désabusé et ne laissant que la possibilité de l’implosion sans échappée.

La mise en scène traduit parfaitement la folie injustifiée. Parce que très souvent d’une froideur extrême et dans des attitudes violentes, le film ne sait pas trouver le fantasme de ces jeunes personnages pour une autre vie. Fien Troch, dans sa mise en scène, n’a tracé qu’un seul chemin décrit précédemment. C’est ce qui pose le problème de la création d’une sorte de jeu du chat et de la souris, d’une poursuite constante entre un groupe de jeunes déconnectés et des proches (souvent des adultes) qui représentent les nemesis. Dans sa mise en scène, il n’est jamais proposé une possible réconciliation : dès le début, l’oppression esthétique lance une mise en scène qui marque la séparation définitive de deux univers. Dommage.

HOME de Fien Troch.
Avec Sebastian Van Dun, Els Dottermans, Karlijn Sileghem, Robbie Cleirem, Katelijne Verbeke, Lena Suijkerbuijk, Mistral Guidotti, Imke Vansevenant, Els Deceukelier, Loic Bellemans, Yavuz Sacikara, Luka Mortier.
Belgique / 103 minutes / 2017

2 / 5