L'heure de la sortie

L’heure de la sortie

Dès les premiers plans, que ce soit cette vue du soleil qui éblouit ou avec l’enseignant de la classe, Sébastien Marnier instaure le mystère qu’il alimentera tout au long du film. Bien que le film soit décrit comme un thriller fantastique, il emprunte à ces deux genres mais aussi à l’horreur, pour explorer des ambiguïtés et dissimuler des informations. Le problème est que Sébastien Marnier est un trop bon élève. Il a appris les codes de l’horreur par cœur, et les éparpillent un peu partout quand il est question des six adolescents surdoués. Dès qu’il y aune idée de mise en scène pour suggérer une ambiance avec les six adolescents,Sébastien Marnier cite souvent John Carpenter. Le plus intéressant vient alors du personnage de Laurent Lafitte, qui en tant qu’enseignant est celui qui dirige le regard et la réflexion des spectateur-rice-s. Bien que le/la spectateur-rice n’est pas l’opportunité de poursuivre une réflexion individuelle, L’HEURE DE LA SORTIE crée délicatement un passage pour le/la spectateur-rice vers l’univers pseudo fantastique qui survole l’ensemble.

Un univers qui cabotine car Sébastien Marnier n’ose jamais entrer pleinement dans le récit, ni dans l’ambiance fantastique. Il ne fait que l’évoquer par quelques suggestions et par plusieurs références, et tend à justifier l’horreur et le fantastique par la paranoïa. Sauf que Sébastien Marnier n’est pas chez Brian De Palma ou chez Steven Soderbergh, il tente en vain de provoquer une tonalité via l’observation.Parce que le conducteur du récit est l’enseignant qui suit ses élèves de près.Sauf que cet enseignant ne peut offrir que de l’observation. Il observe longuement ces six élèves surdoués, et ainsi le montage joue sur l’attente.Pendant environ 90 minutes, le film saute de situations ambiguës en situations ambiguës, tentant d’installer une ambiance étrange qui tire sur le cauchemar.Sauf que Sébastien Marnier, via son montage, passe davantage de temps à créer une opposition dramatique (une confrontation via le regard et via la parole)entre l’enseignant et les six élèves. A de rares reprises, des moments éphémères inaboutis, le cinéaste approche son film d’une fable anxiogène et perturbante. On notera la sous-exploitation des cafards, faisant indéniablement penser à Kafka. Mais Sébastien Marnier préfère se consacrer à la confrontation directe entre les personnages, dans une esthétique aux couleurs chaudes. En voulant contrecarrer les codes de l’horreur et du fantastique habituel avec une esthétique sombre, Sébastien Marnier s’embourbe dans une ambiance pseudo-suffocante, juste parce que les couleurs sont chaudes et que les personnages restent souvent plantés / immobiles à contempler le hors-champ.

Cependant, le hors-champ permet de trouver une forme de fatalisme dans l’observation de l’enseignant.Dans les détails de sa scénographie, Sébastien Marnier réussit à suggérer une mise en scène d’un chaos à venir. Même si le film commence à faire croire que ce chaos va venir des six élèves mystérieux, le film se détourne progressivement vers la critique politico-sociétale. Au-delà du propos écologiste entre les lignes, L’HEURE DE LA SORTIE se transforme petit à petit en un thriller qui crée l’urgence dans son rythme. Bien que l’introduction du récit prend trop de temps, le film arrive à installer un ton très tendu dans les rapports entre les personnages. Là où l’enseignant se retrouve seul face à un contexte mystérieux (imagé par les six élèves en question), c’est le/la spectateur-rice qui se retrouve face à une ambiance plurielle. Pour cela, L’HEURE DE LA SORTIE se dote d’une mise en scène très explicative. L’avantage de la mise en scène de Sébastien Marnier, qu’on ne retrouve pas dans l’esthétique (ou à de trop rares moments), est cette idée de créer le flou dans le sens qu’on les attitudes des personnages. Sébastien Marnier, au travers d’attitudes froides et constamment en alertes, puis avec une parole qui pousse les sensations à l’ultime, aborde un mélange composé d’héritage, de génération et de chaos.


L’HEURE DE LA SORTIE
Réalisé par Sébastien Marnier
Scénario de Élise Griffon, Sébastien Marnier
Avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory, Gregory Montel, Luana Bajrami, Thomas Scimeca, Adele Castillon, Gringe, Thomas Guy, Victor Bonnel

France
1h43
9 Janvier 2019 – distribué par Haut et Court

2.5 / 5

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