Haewon et les hommes

Haewon et les hommes

Haewon, étudiante brillante à la beauté rare, s’endort dans un café. Harassée, elle se sent abandonnée par sa famille et la relation amoureuse qu’elle entretient avec l’un de ses professeurs ne lui convient plus.

Hong Sang-soo, c’est ce cinéaste coréen qui n’écrit pas de scénario avant le tournage. C’est ce réalisateur qui fait son histoire en fonction de ses acteurs. La première scène décrit très bien l’esprit solaire, dont HSS fait preuve à chaque fois qu’il filme ses acteurs. Jane Birkin, en guest star, joue une passante qui demande son chemin. S’en suit un autographe, et un moment d’humour où Haewon ressemblerait à sa fille Charlotte Gainsbourg. C’est là que la performance de Jeong Eun-chae fait écho. Son déhanché, sa façon de regarder, sa nostalgie qui éclate à tout moment : cela en revient à parler de Charlotte Gainsbourg.

Mais là n’est pas l’important du film. Car HSS est un grand poète. Encore une fois, il parle d’amour. Sauf que sa poésie se retrouve être très modeste. Le cinéaste de l’amour comme il parle du quotidien. Ici, se mélange les deux questions. On suit Haewon dans son cycle amoureux tumultueux et complexe, comme on la suit dans son quotidien qui peut se révéler être méprisant. La fille qui s’endort dans une bibliothèque, la fille qui se sent abandonnée par sa famille, la fille qui n’a pas tellement d’amis, la fille qui ne vit pas ses rêves, etc… Ces deux questions, de l’amour et du quotidien, sont conjuguées à des couleurs froides. Le choix de la saison hivernale par HSS se comprend aussitôt.

A côté des ces couleurs froides, HSS décide de ne pas en faire des masses sur sa réalisation. On évitera de trop parler de certains travellings assez lents, parfois tournant dans le vide. On évitera aussi de trop parler des zooms avant et arrière, que le cinéaste semble apprécier. Au moins, le montage n’a pas dû être compliqué. On y sent un côté Woody Allen là-dedans. On tourne le maximum de plan séquence, tout en évitant le champ/contre-champ le plus possible. Lors du montage, cela rend la tâche plus facile et plus rapide. Cela peut également avoir son avantage sur la poésie modeste du film : comme une sorte de tableau qui s’allonge.

L’économie formelle ne s’arrête pas là. On pourra aussi parler d’une économie dans la mise en scène. On sent que le cinéaste n’a toujours pas envie de s’embêter avec la technique. HSS s’adapte à la lumière, à la météo, à la profondeur de champ disponible. Et même en alternant différentes échelles de plan, le réalisateur arrive à capturer l’esprit de la scène. HSS dépendant du lieu où il tourne, mais il le tire à son avantage. En quelque sorte, ce sont les acteurs et les lieux qui déterminent la réflexion du cinéaste. Et la spontanéité rend la réalisation plus vraie, lui donnant plus de coeur et donnant plus d’âme au film.

Le film, dans sa spontanéité, y trouve une conjugaison d’ambiances qui saute aux yeux. On passe facilement du rire à la tristesse. La dérision de l’amour idéal n’y est pas pour rien. Le film se comporte alors comme une toupie, où Haewon tourne en rond, mais avec des ellipses subversives. Jamais la construction de l’histoire ne portera préjudice au film. Car celui-ci fonctionne comme un théâtre ouvert de la vie et de l’amour. De là, HSS offre une comédie humaine très propre et très vive. Entre tendresse et tragédie, le film n’en ressort que plus puissant sur les désirs des personnages.

Ces désirs, qu’on pourrait aussi aisément qualifier de fantasmes, nous donne un ton particulier au film. Une légère mélancolie s’empare du quotidien de Haewon. Mais la nostalgie du personnage (et de l’actrice), nous montre qu’il s’agit d’autre chose qu’une mélancolie. C’est surtout un spleen mécanique qui s’installe dans chaque période que le film décrit. A partir de là, on se voit offrir un film plus onirique qu’on ne le pensait. La magie de l’amour, la magie de ne pas être seul, la magie d’être heureux, etc… Le rêve permet de réussir dans la quête d’une place, celle que l’on aimerait avoir dans la vie de tous les jours. C’est face à cette médiocrité que HSS se positionne.

3.5 / 5

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