Gravity

Gravity

Nombreux sont les films ayant repoussé les limites de ce néant obscur, et pour certains des classiques. Le 2001 de Kubrick se la jouait mystique, ALIEN posait les limites du thriller spatial. D’autres s’y sont essayés dans le registre pur de la science fiction ou du divertissement. L’exercice a été ignoré depuis suffisamment longtemps pour attirer l’un des réalisateurs les plus discrets de sa génération. Et voici donc Alfonso Cuarón, réalisateur élastique pouvant enchaîner un Y TU MAMA TAMBIENHARRY POTTER et LES FILS DE L’HOMME. Quoi de plus libre qu’un film sans limites ? Rare sont les auteurs qui auraient pu dompter l’espace, et pourtant Cuarón parvient sans mal à y insuffler une maîtrise et des repères qui invitent le spectateur au plus beau des voyages.

Premier plan. On retient son souffle, on cherche. Le néant se dérobe, la Terre apparaît. Les astres laissent place aux hommes. Alfonso Cuarón nous embarque en suivant le mouvement de sa caméra, à travers de longues passes de plusieurs minutes qui semblent ne jamais s’arrêter. Une caméra libérée avec laquelle il place ses pions, son rythme, sa vision. Impossible de déterminer où débute, où se termine la séquence. Les images se succèdent, l’histoire déroule.

GRAVITY ne se présente pas comme un film évident, facile. Pourtant le récit est des plus simples, l’environnement frôle le dépouillement le plus absolu. Mais les enjeux n’en sont que plus importants, les tragédies plus grandes. A travers cette histoire d’accident spatial, Sandra Bullock trouve l’un de ses plus beaux rôles. L’imaginaire du réalisateur n’a de cesse de provoquer un retour aux sources. Naissance, vie et mort se succèdent dans un tourbillon sans fin, pour mieux repousser les limites imposées par le format.

Brillante démonstration, GRAVITY est bien plus qu’un simple exercice. C’est une odyssée digne des plus beaux récits de science-fiction, une aventure minimaliste qui imprime l’écran avec plus de conviction et de sincérité que la majorité des gros budgets blindés aux effets visuels. Un Alfonso Cuarón en pleine maîtrise surpasse aisément son précédent film LES FILS DE L’HOMME, et sans surenchère propose le plus beau film de l’année. Voire depuis bien longtemps.

5 / 5

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