Gloria

Gloria

<< Gloria est une femme divorcée de 58 ans. Ses enfants ont quitté la maison mais elle n’a aucune envie de passer ses jours et ses nuits seule. Déterminée à défier l’âge et la solitude, elle s’embarque dans un tourbillon de fêtes à la recherche d’un instant de gratification, qui ne mène habituellement qu’à la déception et au vide. Mais lorsqu’elle rencontre Rodolfo, un ancien officier naval de sept ans son aîné, elle se sent immédiatement conquise. >>

Voici un film produit par Pablo Larrain, réalisateur du fascinant No (avec Gael Garcia Bernal, 2013). Ces deux films ont un point commun. Ce que l’on retient en sortant de la salle. C’est à dire un cinéma chilien qui montre sa puissance, sa force. Le cinéma chilien arrive sur nos écrans pour nous offrir quelque chose d’unique. Des portraits de personnages enfouis dans la société chilienne. Des films de personnages, ce grand avantage, qui pousse des réalisateurs à diriger d’excellents comédiens(nes).

La preuve ici, avec Paulina Garcia. Elle s’impose ici directement comme l’actrice fétiche de Sebastian Lelio. On ressent le plaisir du réalisateur qu’il éprouve à la filmer. Et l’actrice donne tout ce qu’elle a. Sa fougue, son énergie et son charisme font mouche. Le gros point noir, qui est un point fort pour l’actrice, c’est que celle-ci porte à elle seule le film. Paulina Garcia joue, très bien, mais fait tout. Si le spectateur entre dans le film (ce qui m’est arrivé à trente minutes de la fin), c’est bien grâce à l’actrice.

Car Sebastian Lelio est trop en recul. Il montre trop de retenue dans sa forme. Niveau esthétique, il n’y a rien à développer. Tout est neutre. Chaque couleur, chaque vêtement des personnages : tout est d’une évidence confondante. L’esthétique du film s’en va à l’adaptation terre à terre du scénario. Le réalisateur ne fera jamais plus que ce qui est écrit. C’est dommage, car certains décors/paysages auraient mérités d’être plus exploités. Par exemple, le court passage de la plage. Ou encore, la trop courte scène du casino. Enfin, la scène chantée (avec guitare et piano).

Tout le film est à cette image : trop sage, trop calme. Le rythme donné au montage est tout de même propre, mais surtout cohérent. Notamment avec le rythme quotidien de la vie de l’héroïne. A 58 ans, il ne faut pas s’attendre à un quotidien palpitant, malgré les musiques choisies à la bande originale. Mais Sebastian Lelio prendra tout son temps pour filmer la solitude de son héroïne. Et pas assez lors des moments les plus intéressants : quand elle se lâche. En cela, on a l’impression d’être devant un portrait trop précaire. Avare en situations tels des climax, le film y perd en se répétant.

La répétition arrive aussi quand Sebastian Lelio filme ses personnages. Tous ses personnages, sans exception. Certes l’intrigue fait preuve de mélancolie, tout comme l’héroïne. Sauf qu’il n’y a aucune raison à être aussi amer. Les plans fixes sont souvent trop longs, les plans épaules ne caractérisent jamais l’impression du personnage dans une situation, les plan séquences manque d’âme. Le réalisateur a vraiment manqué de vivacité et d’ampleur avec sa caméra. Il ne va jamais chercher à faire éclater les émotions et les sensations de son héroïne.

On est alors contraints à assister aux désirs de l’héroïne. Fausse gloire pour Gloria, personnage dont la vie en solitude l’amène vers la dépression. Entre alcool, sexe et joints, l’héroïne a juste le temps de voir ses enfants et rouler en voiture. Le film nous arrive donc comme une tranche de vie, généralisée comme portrait d’un mode de vie. On a des fois l’impression que l’héroïne n’est pas sortie de l’enfance/adolescence. A chaque moment de solitude rompu, on ressent la volonté d’échappatoire.

A partir de là, naît le (presque) feel good movie. Presque car, n’oublions pas que le film reste amer et très mélancolique. Il s’agit seulement de quelques touches d’humour. A certains endroits, pour éviter d’être trop gris dans l’approche de l’héroïne. Même si le film manque cruellement d’ampleur, Sebastian Lelio n’en oublie pas pour autant la part d’optimisme. Car qui dit tentative d’échappatoire, dit espoir. Et qui dit espoir, dit joie de vivre, y aller à fond. Dans ce cas, Paulina Garcia joue à merveille la femme solitaire qui ne manque pas d’optimisme. Et qui, bien qu’elle soit perdue, croit toujours et vit à fond.

2.5 / 5

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