Gentlemen cambrioleurs

Gentlemen cambrioleurs

Basé sur des articles de Mark Steal publié dans Vanity Fair et de Duncan Campbell publié dans The Guardian, le film de James Marsh a tout pour être mauvais dès l’idée (coucou Sofia Coppola et THE BLING RING). Mais James Marsh n’est pas un formaliste, c’est un cinéaste qui pense d’abord à la mise en scène. Venant principalement du documentaire, le cinéaste britannique a la fibre naturaliste et épurée dans son esthétique. C’était effectivement le grand soucis principal de ses fictions SHADOW DANCER (2012) et LE JOUR DE MON RETOUR (2018) où il y avait vraiment besoin d’aller plus loin formellement. Cependant, James Marsh a soigneusement évité le côté pudding pour un certain panache avec THE KING (2005) et UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS (2014). Avec GENTLEMEN CAMBRIOLEURS, il arrive à créer le divertissement en mélangeant le pudding avec le panache. Parce qu’adapter un fait divers relié par un article de presse est un acte casse-gueule, alors James Marsh a tout misé sur la mise en scène. Le côté pudding et illustratif de la forme est comblé par l’énergie du casting.

Parce que faire jouer ensemble des acteurs britanniques légendaires tels que Michael Caine, Jim Broadbent, Ray Winstone, Tom Courtenay, Michael Gambon et Paul Whitehouse, il y a une nostalgie qui émane du geste. Alors que GENTLEMEN CAMBRIOLEURS regarde tendrement et passionnément ses comédiens délivrer leur palette multiple de jeu, James Marsh s’en sert pour rythmer et construire sa dramaturgie. L’esthétique n’est évidemment pas folle, trop illustrative et anecdotique dans les décors. Le cadre ne traduit jamais un regard particulier de la part du cinéaste. Parce que son seul regard est dans l’amour qu’il a pour ces comédiens légendaires. Il est rapidement clair que le film n’est pas fait pour être un pur polar, un pur drame, une pure comédie. James Marsh mélange les tons car il sait obtenir le meilleur de ses comédiens. GENTLEMEN CAMBRIOLEURS tend à faire revivre quelques moments mémorables de chaque comédiens, tout en les employant aussi à contre-courant de ce que l’on connaît d’eux. James Marsh n’hésite donc pas à faire ressortir de l’humour de la part de ses comédiens, surtout quand cela est lié leur âge. Tout simplement car le récit raconte un groupe d’hommes âgés qui fait un braquage, ce qui n’est pas tout à fait ordinaire.

Quand on voit la coupe de cheveux de Michael Gambon en monde simplet, où la fatigue constante du personnage de Tom Courtenay, le calme plat de Ray Winstone qui se retient toujours de crier, les attitudes cliniques de Michael Caine aux vêtements sombres, le tempétueux Jim Broadbent : il y a une réelle volonté de vouloir offrir une diversité dans les portraits, mais aussi un terrain de jeu où l’on retrouve ce pour quoi nous aimons tant ces comédiens. Sauf que James Marsh est trop hésitant dans son ambiance. Alors qu’il arrive à maintenir l’alternance des tons, le cinéaste n’arrive pas à créer une ambiance unique autour de ses personnages. L’ensemble se résumé à des séquences chronologiques détachées les unes des autres. Trop concentré sur la direction d’acteurs, le cinéaste n’arrive pas à faire de ses espaces de simples décors. De ce fait, les références sont bienvenues, mais assez vaines. On peut saluer la volonté de James Marsh de nous faire repenser à Alexander Mackendrick (avec TUEURS DE DAMES), à Ronald Neame (avec UN HOLD-UP EXTRAORDINAIRE), à John Schlesinger (avec BILLY LE MENTEUR), à Charles Crichton (avec DE L’OR EN BARRES), à Peter Yates (avec TROIS MILLIARDS D’UN COUP), à Alan Clarke (avec SCUM). Mais le cinéaste n’arrive jamais à s’approprier aucune de ces références, les laissant dans nos souvenirs nostalgiques, et ne nous laissant qu’un divertissement au mieux sympathique grâce au travail de ses comédiens légendaires.

GENTLEMEN CAMBRIOLEURS n’a jamais la tension espérée, mais on peut saluer la présence du jeune personnage Basil. Il est comme un miroir pour James Marsh, ce cinéaste qui recrute des légendes et qui les invite à participer à un « dernier » grand coup ensemble. Le film tient davantage de la réunion, que de chercher à explorer le genre du polar, du thriller, du drame de gang, ou de la farce. Cependant, le cinéaste retire la dimension anxiogène et noire d’un film de braquage. C’est bien une comédie dramatique, qui tient avant tout à socialiser ses personnages, et à les explorer dans leur mode de vie de personnes âgées. Le film démarre aussitôt avec une tragédie, et permet donc au cinéaste de lancer cette folle idée du braquage. Ainsi, cet acte n’est autre qu’une manière, pour James Marsh, d’extraire ses personnages âgés de leur quotidien si banal et répétitif. Le film se concentre davantage sur les relations complexes entre les personnages, qu’à créer une forme autour de cette comédie dramatique. C’est réussi dans le sens où le film est un divertissement agréable, qui donne le sourire, grâce aux personnages suffisamment dans l’excès. Un film qui rappelle agréablement l’ère Ealing Studios et leurs comédies savoureuses, qui détournaient les genres.


GENTLEMEN CAMBRIOLEURS (King of thieves)
Réalisé par James Marsh
Scénario de Joe Penhall, d’après des articles de Mark Seal et de Duncan Campbell
Avec Michael Caine, Jim Broadbent, Ray Winstone, Tom Courtenay, Michael Gambon, Paul Whitehouse, Charlie Cox, Francesca Annis
Royaume-Uni
1h48
27 Mars 2019

3.5 / 5