Genèse

Genèse

Après LES DÉMONS (2015) et COPENHAGE : A LOVE STORY (2016), le cinéaste québécois Philippe Lesage explore à nouveau les milieux de la jeunesse (collège, lycée, études supérieures, etc…) pour en chercher les pressions et les sensations. Son premier long-métrage traitait des peurs d’un enfant de 10 ans, son deuxième traitait de l’esprit festif et mélancolique d’étudiants. Dans son deuxième long-métrage, le cinéaste parlait déjà des émois romantiques de ses jeunes protagonistes. Mais dans GENÈSE, le cinéaste avoue qu’il y a une grande part autobiographique. Sauf qu’il brasse beaucoup trop de thèmes et d’interrogations dans sa description et son exploration de la jeunesse. Bien que sa propre jeunesse ait influé l’écriture de ce film, le résultat a un effet tentaculaire qui ne permet pas de développer une ambiance multiple dans cette jeunesse. Alors que tous les miroirs et toutes les dichotomies sont propices à développer des univers et des sensations différentes pour les protagonistes, tout se résume à la gravité dans tous les thèmes et toutes les interrogations. GENÈSE possède trois récits, comme il possède donc trois points de vie, mais une seule ambiance et un seul ton. Comme si Philippe Lesage n’a pas de nuance à traiter : ces trois récits semblent être trois films distincts qui sont montés en un seul, mais dont il n’y a aucune différence (alors que les personnages pourraient apporter cette touche de nuance). Cependant, il faut reconnaître que Philippe Lesage réussit à décortiquer et traverser chaque fibre des histoires d’amour qu’il narre. Entre la rencontre soudaine, le bonheur, l’expérience, la désillusion et la douleur (à la fois physique et morale), le cinéaste québécois déploie une large palette pour faire passer ses jeunes protagonistes du désir à la cruauté de la réalité.

Il est donc tout autant dommage que GENÈSE reste majoritairement pessimiste. Très virulente, la mise en scène met souvent l’accent sur la tension des corps dans l’agressivité qu’ils peuvent recevoir. Mais la mise en scène est également très rugueuse, dans sa manière de ne pas quoi que ce soit de doux. C’est le plus gros défaut dans le film : cette façon qu’a Philippe Lesage de favoriser la gravité face à la beauté. Il est palpable, parfois, que le cinéaste tente d’apporter un peu de tendresse, de poésie et d’harmonie dans les aspirations des jeunes protagonistes. Mais c’est toujours la gravité qui domine, le montage revient toujours à l’attente des personnages, et a tendance à s’y attarder trop longuement. En effet, GENÈSE semble parfois se rêver comme une fresque. Mais le film n’a rien d’une fresque, tant il tue complètement sa temporalité, et préfère faire du temps une notion abstraite. Alors le cinéaste laisse apparaître une forme d’attente, qui revient sans cesse malgré la dichotomie, donnant un certain doute sur le chemin que souhaite prendre le film. Malgré cette attente abstraite et ambiguë, GENÈSE possède une mise en scène très portée sur l’instinct (même s’il y a beaucoup d’agressivité), sur l’instantané (même s’il y a énormément d’ellipses inutiles), sur l’innocence (même si la gravité prédomine sur la beauté). En cherchant constamment la vérité pure dans la jeunesse et ses désirs, Philippe Lesage fait partir sa mise en scène du mélange instinct / instantané / innocence pour se diriger malheureusement vers l’agressivité / le temps abstrait / la gravité. Dans tout cela, le plan-séquence apporte tout de même une pulsion bienvenue. Alors que la mise en scène perd son fil progressivement, le plan-séquence lui permet de conserver une certaine détresse et une idée de la pulsion. Ceci avant une troisième et dernière partie très libératrice.

Dans cette troisième et dernière partie, où les deux protagonistes sont plus jeunes que ceux interprétés par Noée Abita et Théodore Pellerin (une forme de jolie naïveté dans les désirs et dans le mouvement), l’espace du camp de vacances est une vraie source de fantaisie et d’imaginaire pour Philippe Lesage. En témoigne ce magnifique plan-séquence, avec plusieurs mouvements lents de caméra, qui vont et viennent autour des moniteurs qui chantent et jouent de la musique autour d’un feu. La caméra capte ces jeunes campeur-se-s qui apprécient silencieusement le moment, et capte aussi deux jeunes qui se remarquent et finissent par se rejoindre. Suite à cela, Philippe Lesage laisse traîner ses deux jeunes amoureux/se dans les chemins de terre qui traversent la forêt où se situe le camp. L’effet d’isolement dans la sensation et l’émotion fonctionne majestueusement bien, contrairement au reste du film. Il est dommage de voir que, dans toute sa première et très longue première partie, Philippe Lesage n’arrive pas à gérer les espaces qu’il filme. Ils manquent tous d’emprise dans leur influence sur les comportements. Si bien que les espaces ne sont que les contextes de la gravité et de l’agressivité, deviennent rapidement futiles à chaque scène, alors que le récit cherche éperdument la solitude dans cette désillusion des émois sexuels. Toutefois, le dortoir est un espace très perturbé et tant mieux, car le cinéaste y arrive à capter un rapprochement physique très retenu, aussi bien qu’une attitude agressive et autoritaire du personnage adulte. Et même si Philippe Lesage a du mal à mettre en scène les espaces qu’il filme (trop de naturalisme tue la recherche de vérité pure), il arrive à capter la vulnérabilité dans l’errance physique de ses personnages.


GENÈSE
Écrit et Réalisé par Philippe Lesage
Avec Noée Abita, Théodore Pellerin, Édouard Tremblay-Grenier, Pier-Luck Funk, Émilie Bierre, Maxime Dumontier, Paul Ahmarani, Jules Roy Sicotte, Antoine Marchand-Gagnon, Marie Jasmina
Québec
2h10
10 Avril 2019

3 / 5

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