Frantz, un écrin en noir et blanc pour une révélation allemande

Frantz, un écrin en noir et blanc pour une révélation allemande

Premier plan, une nature verdoyante, des chants d’oiseaux. La caméra dézoome, l’arrière-plan est en noir et blanc, un clocher, quelques maisons, une petite ville nichée dans la campagne allemande et qui se remet à peine des blessures de la première guerre mondiale. Au-delà d’un choix économique (Ozon n’avait pas le budget nécessaire pour avoir des décors suffisamment réalistes en couleur), cette entrée en matière donne le ton du film. Quand une lueur d’espoir et de joie viendront toucher les personnages, alors la couleur reviendra par touches discrètes tout au long de ce mélo assumé teinté de thriller hitchcockien. Ozon touche à tout et c’est même à ça qu’on le reconnait !

Tiré d’une pièce de Maurice Rostand et déjà adapté au cinéma par Ernst Lubitsch sous le titre de Broken Lullaby (ne cherchez ni le titre de la pièce ni celui du film en français, il dévoile un élément essentiel de l’intrigue), Frantz brasse plusieurs thèmes et en premier lieu celui du mensonge. Pourquoi mentir ? Pour faire du mal ou pour apaiser une peine ? Pour dissimuler une vérité ou embellir une histoire ? L’intrigue tourne autour d’un mystérieux français venu fleurir la tombe d’un soldat allemand, Frantz. La fiancée de ce dernier, intriguée, va chercher à en savoir plus et une amitié trouble va naitre entre celle qui n’a même pas eu le temps de devenir veuve et cet artiste devenu soldat malgré lui dans ce conflit sans fin qui dépassait les hommes et qui les a engloutis.

L’art – et la musique en particulier – joue également un rôle central dans le film, celui de trait d’union entre les peuples, les notes devenant une langue universelle ne nécessitant pas de traduction. C’est aussi par les mots, mais à distance, par lettres interposées, qu’Anna et Adrien vont apaiser leurs maux dans une deuxième partie où le rythme change totalement. Car Ozon installe d’abord son histoire, ses personnages et ses enjeux en Allemagne sur un mode piano piano pour mieux entrainer dans une valse folle son héroïne – comme revenue à la vie et à un avenir une fois le pied posé en France.

Mais si le scénario force hélas les rebondissements avec un certain manque de subtilité pour à la fois étayer son propos sur le mensonge et créer un suspense somme toute artificiel, le film imprime une petite musique entêtante et émouvante dans l’esprit de son spectateur grâce à ses deux interprètes principaux. Si l’on ne présente plus Pierre Niney (qui a tout de même appris l’allemand, le violon et la valse pour ce tournage), c’est surtout sa partenaire Paula Beer qui emporte tout sur son passage. Véritable révélation du film, elle est toujours sur le fil ténu de l’émotion, entre fragilité et détermination. Si c’est la première fois qu’on peut la découvrir au cinéma en France (ses scènes dans Diplomatie avaient finalement été coupées au montage), ça ne devrait pas être la dernière. Car s’il y a bien une vérité dans Frantz, c’est l’éclosion d’une grande comédienne.

3.5 / 5