Fixeur (The Fixer)

Fixeur (The Fixer)

Il est toujours dit que le métier de journaliste reporter est compliqué. Après ILLEGITIME, Adrian Sitaru a décidé d’explorer le fonctionnement de ces reporters en pleine enquête. Evidemment en Roumanie, puisque le cinéaste est roumain. Cependant, le long-métrage se concentre sur le rôle du fixeur, autrement dit la personne qui est employée par un journaliste pour lui faciliter les démarches et le travail dans une région dangereuse. Le fixeur peut rendre plusieurs aides précieuses : dans ce film, il est surtout interprète.

Le protagoniste fixeur, incarné par Tudor Istodor, est projeté dans un intéressant travail de miroir. Il est à la fois au centre d’une situation compliquée et dangereuse pour l’enquête des journalistes français, mais il est également en pleine difficulté familiale envers son jeune fils (l’avant-dernier plan se passe très bien de la parole, utilisant uniquement les sons d’ambiance, pour conclure sur une beauté touchante). Mais surtout, le rôle du fixeur se montre ici très précieux et révélateur, car il est une sorte d’arbitre entre les deux parties. Jamais, dans le film, il n’est question d’aller chercher les détails croustillants de l’enquête, de créer une tragédie sociale. Il est davantage question de développer et explorer les émotions et l’obsession d’un groupe de journalistes.

Pourtant, le film tient à rester modeste esthétiquement, sans chercher à prendre de risques (ce qui aurait été intéressant vis-à-vis du rôle d’intermédiaire que joue le fixeur dans un endroit « dangereux »). La caméra est bien trop souvent utilisée comme un témoin, un accompagnateur de plus, comme celle tenue par l’un des personnages. Ainsi, le film manque terriblement d’aboutissement dans la recherche du trouble. Alors que le sujet de l’enquête est fort, et que le fixeur est dans une position ambiguë, l’esthétique ne fait qu’incarner en surface les échanges et les différents points de vue.

Il est bien dommage de prendre autant de recul, quand le montage se révèle aussi important. En effet, il y une certaine urgence exprimée dans chaque scène. Quand on remarque petit à petit que le visage de la fameuse Anca, la victime recherchée, n’est dévoilée que dans la dernière séquence, c’est qu’il y a bien la volonté d’une sorte de jeu de piste. Et ce parcours est exprimé visuellement par un montage de l’urgence. Peu de plans séquences se dévoilent dans le film, uniquement dans les temps morts, les transitions, etc… Dans les scènes les plus importantes concernant l’enquête, les plans courts se succèdent pour explorer l’immédiateté de la temporalité, et la limitation des échanges.

Finalement, le montage est tel un intérêt en marge du reste, parce que l’esthétique va de paire avec la mise en scène. En allant de lieux en lieux pour tenter de faire progresser l’enquête, le film propose surtout une errance pour ses personnages. Si dommage parce qu’ils n’ont pas le temps de revenir sur des éléments, sur des lieux, pour terminer des intentions commencées. Il y a cette impression que les lieux visités (la visite est une bonne chose, car la mise en scène se sert un peu de l’un des rôles du métier de fixeur) ne se suffisent qu’à eux-mêmes, puisque la plupart du temps ils stoppent la progression désirée par les personnages / l’intrigue. Comme si le film se renouvelait à chaque nouvel espace, sans connexion fondamentale entre eux.

THE FIXER de Adrian Sitaru.
Avec Tudor Istodor, Mehdi Nebbou, Nicolas Wanczycki, Andreea Vasile, Adrian Titieni, Sorin Cocis, Diana Spatarescu.
Roumanie, France / 99 minutes / 2017

2.5 / 5