First Love, le dernier yakuza

First Love, le dernier yakuza

Adaptation ultra-violente d'une bande dessinée, avec un mélange de romance et de comédie grotesque. Pas totalement abouti, le film se concentre sur l'accumulation artificielle et oublie la profondeur de son mélange.

Étrange œuvre que nous voyons là, évident impossible à classer et tant mieux. Takashi Miike, avec la collaboration du scénariste Masaru Nakamura, nous propose un film tentaculaire entre un film de mafia (ici le le film de Yakuza), une romance et une comédie burlesque. Adapté d’un manga, FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA conte la naissance d’une romance au sein d’une histoire de règlements de comptes. L’idée de Takashi Miike est alors de montrer comment cette histoire d’amour, improbable et née par le hasard, traverse ces croisements de règlements de comptes. À tel point que le récit ne se déroule que la nuit, durant une seule et même nuit. Mais il est fort dommage que Takashi Miike n’en fasse pas grand chose, préférant un cadre qui cherche l’action que de chercher l’apport discret de cette nuit.

Le plus gros affrontement est toute une longue séquence très nuancée. Autant sa mise en scène est très aiguisée sur le silence et l’apparition, mais son esthétique est anecdotique. Tout se déroule dans un supermarché, où les face-à-face sont privilégiés (les rayons s’érigent jusqu’en haut de l’écran) avec l’ambiguïté totale du hors-champ. Même dans la bande sonore, tout se concentre sur l’instant même du montage, et il n’y a jamais la suggestion d’une menace abondante. Takashi Miike rapetisse chaque espace pour y faire contenir la violence. Cela est sûrement dû à son hésitation, car le cinéaste semble ne jamais vouloir plonger pleinement dans les genres qu’il convoque. Il mélange le thriller, la romance et la comédie burlesque, mais il y a toujours un temps unique pour chacun, et jamais un temps pour qu’ils communiquent ensemble.

La romance est bloquée dans la fuite, ne prenant jamais d’ampleur dans l’isolement qu’elle pourrait créer par rapport à la violence qui l’entoure. Elle existe uniquement dans la narration d’une poursuite, et n’existe pas dans l’alternative de la violence (puisque celle-ci finit toujours par la rattraper). Tout comme avec la comédie burlesque, aussi gratuite qu’artificielle, qui existe seulement pour rendre quelques actes violents plus agréables et légers. Il s’agit bien d’un côté grotesque, où l’exagération est éphémère et fait douter du ton employé par certaines scènes. Le pire est d’entendre des personnages crier ou pleurer constamment, où la surenchère suffirait à faire croire à l’intérêt de la duplicité (et multiplicité) de la violence. Ainsi, le film de mafia est lui-même qu’une image de surface, tant le montage et la mise en scène ne montrent qu’une accumulation de violence juste pour créer une sorte de dérangement.

Le rythme est pourtant assez efficace, malgré sa répétition lassante. Le montage et la narration se concentrent principalement sur la violence, sur le spectacle sensationnel du massacre. Toutefois, il n’y a aucun regard sur les corps dans leur caractère humain. Il n’y a aucun regard sur la place de ces corps dans la duplicité / multiplicité. Les personnages (en dehors des deux protagonistes se livrant à une romance) ne sont que des silhouettes, voire des robots, qui se déchaînent à ce jeu de massacre. FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA n’a rien d’autre à proposer que ce montage accumulant la violence, avec un brin de grotesque artificiel et de romance prisonnière.


FIRST LOVE, LE DERNIER YAKUZA
Réalisation Takashi Miike
Scénario Masaru Nakamura
Casting Masataka Kubota, Nao Omori, Shota Sometani, Sakurako Konishi, Becky, Jun Murakami
Pays Japon
Distribution Haut et Court
Durée 1h48
Sortie 1er Janvier 2020

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