Avant la fin de l'été

Avant la fin de l’été

Qu’ont en commun les films TAXI TEHERAN de Jafar Panahi, LES HABITANTS de Raymond Depardon, la plupart des films de Frederick Wiseman, LA BATAILLE DE SOLFERINO de Justine Triet et PATER d’Alain Cavalier ? Qu’ils sont presque sans le sou, avec juste une caméra, quelques proches et bim… direction l’aventure du tournage. Il faut les garder en mémoire car leur manque de moyens n’a pas entaché leur grande qualité. Ce sont des films qui, peu importe la personne créditée comme cinéaste, provoquent un sursaut. Ce sont des films « outsiders » mais qui finissent par laisser une trace. AVANT LA FIN DE L’ÉTÉ, en deux semaines et demi de tournage, avec des amis, est une réussite pour sa cinéaste Maryam Goormaghtigh. Après voir vu un tel spleen provoquer un feel-good, les jeunes aspirants cinéastes peuvent partir à l’aventure.

Le film de Maryam Goormaghtigh ne manque pas d’ambition. On pourrait même dire qu’il s’agit d’un plein de super. Parce que, ce groupe d’amis qui partent à l’aventure, c’est surtout un cinéma qui se vit dans l’instant. La temporalité n’existe pas vraiment dans le récit ni dans le montage, ce n’est qu’une formalité qui plane au-dessus du spleen des personnages. Maryam Goormaghtigh préfère explorer le naturel et la modestie, dans les jours avec et les jours sans. Le regard n’est pas porté sur les personnages mêmes, puisque leurs soucis personnels sont relégués à de simples anecdotes ici et là, tout simplement pour montrer que le spleen vit encore. La priorité est au voyage, à la délicatesse des relations humaines (notamment les rencontres). Même si les attitudes et les mouvements sont trop fermés, trop réservés et timides.

Bien que la mise en scène manque d’un peu d’énergie ici et là, il y a plusieurs moments où l’idée fonctionne. Tout simplement lorsque l’improvisation pointe le bout de son nez, alors le film devient très drôle et charmant. C’est aussi parce que Maryam Goormaghtigh esthétise un rapport poétique au naturel. Préférons le terme de « naturel » à celui de « réel » qui, par définition, n’existe pas dans la fiction. Parce que AVANT LA FIN DE L’ÉTÉ est une semi-fiction. Scénarisé seulement dans ses grandes lignes, le film évoque un naturalisme et non un réalisme. Maryam Goormaghtigh se sert des espaces pour alimenter les attitudes et les pensées de ses personnages. Au contraire du réalisme qui a davantage tendance à distinguer les deux éléments, sans impact significatif d’un environnement.

Dans le voyage des trois personnages, Maryam Goormaghtigh fait ressortir les espaces pour que les trois amis y adaptent leurs comportements. La recherche des paysages naturels détermine l’ambiance dans laquelle évoluent les trois protagonistes. Il faut voir comment une aire jeux pour enfants a un impact opposé à une plage, que ce soit par la grandeur de l’espace, ou par la représentation des possibilités. L’aire de jeu, en cadre resserré, montre comment les protagonistes sont des adultes confrontés à une certaine fatalité. La plage, ou la scène danse, ou la scène d’attractions foraines, ou le concert, sont autant d’instants où il fait bon de lâcher prise. Bien qu’il manque de mouvement, Maryam Goormaghtigh réussit à valoriser la diversité des couleurs dans les paysages qu’elle filme. Permettant ainsi d’apporter quelques sentiments de rêverie à ses personnages, dans cette aventure joyeuse et pleine de sincérité.

AVANT LA FIN DE L’ÉTÉ de Maryam Goormaghtigh
Avec Arash, Ashkan, Hossein, Charlotte, Michèle
France – 1h20 – 12 Juillet 2017

3.5 / 5

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