Every Thing Will Be Fine

Every Thing Will Be Fine

Réalisé par Wim Wenders. Écrit par Bjorn Olaf Johannessen. Avec James Franco, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Rachel McAdams, Robert Naylor. Allemagne / Canada. 115 minutes. Sortie française le 22 Avril 2015.

Il y a quelque chose d’étonnant de la part de Wim Wenders, en allant s’aventurer dans une intrigue aussi quelconque. Pourtant, la première scène du film supposait un traitement intéressant. Plus dure est la déception quand le vide provient après cette exposition. Il s’agit peut-être de la seule scène aboutie de tout le film. Un effet revient constamment dans le travail de mise en scène de Wim Wenders : il n’ose pas, il reste sur les positions empruntées par les grandes lignes du scénario. Le film explore les conséquences de l’accident, mais toujours en surface. De chaque scène, il ne ressort rien. En quelque sorte, l’exploration dans ce film ne sert pas à comprendre l’état des personnages. Mais plutôt à le définir par le biais de plusieurs morceaux (qui sont les scènes).

Un élément provoque cette absence de prise de risque. Il s’agit de la temporalité, au sens général du terme. Le film se positionne sur deux formes de temps pour caractériser sa temporalité. Il y a d’abord le temps du film – et non pas de l’intrigue. En effet, cette temporalité regroupe plusieurs temps de l’intrigue : l’intrigue est alors étirée sur dix ans, avec des ellipses monstrueuses de deux ans et deux fois quatre ans. Pas de temps pour l’affect, le film va chercher des épisodes de vie à ces trois périodes. En étirant son intrigue, Wim Wenders reste trop souvent en surface de ce qu’il cherche. Ces émotions vascillant entre culpabilité et pardon, et parfois entre déprime et paranoïa (cette très courte scène – pourtant géniale – où Charlotte Gainsbourg entend une voiture passer et regarde vers la route avant de voir son fils sur la balançoire et lui faire un signe attendrissant), ne sont que des postulats. Tout est en suggestion, et le film s’enlise dans ces scènes au temps infini, sans pouvoir rattraper ces instants qui posent problème chez les personnages.

Autre détail du film qui pose problème dans ces scènes non abouties, ce sont les personnages. Dès lors que l’exposition (l’accident) est passée, la suite du film – jusqu’à la fin – reste attachée et crispée sur elle. Ainsi, les personnages stagnent sur leurs attitudes initiales. En restant constamment sur l’instant de la première scène, le film inflige une temporalité figée en ses personnages. Surtout les rôles de James Franco, Marie-Josée Croze et Rachel McAdams. Ils ont un temps en eux qui reste bloqué. Toutes les moments de vie captés par les scènes renvoient directement à l’accident du début. De ce fait, les personnages ne peuvent jamais dépasser cet événement. Avec temps intérieur aux personnages, aucune émotion ni sensation ne sont extériorisées. Tout est gardé dans la temporalité à l’intérieur des personnages. Les relations entre personnages s’en retrouvent rapidement très diluées, et stoppent toute possibilité de jeu pour les acteurs.

Heureusement, le seul intérêt du film porte sur deux autres personnages. La mère, jouée par Charlotte Gainsbourg, est fascinante dans sa façon d’épurer son chagrin dans la croyance en l’inévitable. Avec ce personnage, il est possible de croire que toutes situations a un sens pour la suite (dommage que l’écriture des autres personnages n’aide pas). Sauf que ce personnage n’est pas assez exploité, apparait trop peu, car il aurait offert un beau contrepoint aux idées amenées pour celui de James Franco (qui est insupportable, une fois de plus, dans son regard vide et ses attitudes molles). A côté de Charlotte Gainsbourg, il y a le jeune Robert Naylor. Impressionnant jeune acteur, qui par le nombre réduit d’apparitions (encore une fois, dommage), réussit à offrir de l’ambiguïté sur les ambitions de son personnage. De plus, il permet de montrer une relation complexe entre le fils et la mère : beaucoup d’amour, mais très rarement dans la même pièce ou ensemble dans le cadre.

Enfin, il faut ajouter un mot sur l’esthétique et le montage. Même si la mise en scène pêche grandement sur le facteur temps, l’espace relève de très bonnes idées. Le problème est le même : pas exploitées à fond, car Wim Wenders est trop occupé à épurer son intrigue pour ne rien montrer et ne rien dire du tout. Dans son montage, le film souligne un sens aigu du cadre. Même si les personnages sont toujours bloqués sur leur temporalité, le cadre va chercher une multiplicité des points de vue. Les personnages se relayent souvent l’approche, pour ne pas se figer sur le sentiment de culpabilité (d’où le semblant d’intrigue parallèle avec Charlotte Gainsbourg). Ainsi, le film peut chercher plusieurs manières d’éclairer ses scènes. La lumière naturelle devient la source de l’espoir et de la désillusion, quand la lumière électrique est un argument tragique.

1.5 / 5

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