Edith, en chemin vers son rêve

Edith, en chemin vers son rêve

Il n’y a besoin que d’une quinzaine de minutes pour comprendre que le film n’invente rien, et qu’il utilise des standards bien établis. Edith est une femme de 83 ans, incarnée par une actrice d’expérience dont la carrière s’est essoufflée, décrite comme veuve et dépressive. Mais évidemment, cela ne durera pas bien longtemps. Par une décision prise très rapidement, elle décide de partir quelques jours loin de chez elle, pour aller à l’aventure afin d’escalader une montage écossaise. Un subterfuge narratif que l’on connaît très bien, où l’envie d’ailleurs balaie très vite la souffrance, pour mieux se consacrer à cette aventure, pour préférer la légèreté au drame. EDITH, EN CHEMIN VERS SON RÊVE est à la fois un feel-good movie et un never give-up movie : la légèreté du ton côtoie le propos du cinéaste, focalisé sur l’idée de ne jamais abandonner et de toujours persévérer.

Malgré son schéma narratif très linéaire et très bridé, le film de Simon Hunter arrive à proposer une double lecture. Ce chemin vers le rêve d’Edith est d’abord un désir de liberté marqué par l’épreuve (et l’exploit) physique. La photographie très naturelle et lumineuse ne cesse de montrer le plaisir, le rêve et l’exaltation de la protagoniste pour son défi. Toutefois, l’épreuve physique se résume par une série d’entraînements à la survie pas vraiment passionnants et très bavards, par un regard très distancé sur le paysage rêvé. Le film contient de trop nombreux champs / contre-champs subjectifs, ne convertissant jamais le rêve en concret. Même le final où Edith gravit la fameuse montagne est remplie de maniérisme d’écriture, entre les obstacles naturels et les difficultés physiques. Pourtant, il y a une vraie délectation d’Edith pour l’immensité du paysage, pour cet espace qui lui offre la liberté qu’elle n’a jamais obtenue, grâce à quelques plans intégrant Edith dans des plans larges, arrivant à créer un peu de sensorialité dans la contemplation.

Le film est également une épreuve mentale et sociale. Alors qu’elle comptait gravir cette montagne seule, Edith rencontre plusieurs personnes dans le village où elle séjourne. Sans grande surprise avec ce type de film, une rencontre en particulier va changer sa vie, va changer sa relation avec autrui. Mais Edith n’est pas un personnage résigné, la caméra est toujours très proche du corps (et surtout du visage) de la protagoniste, renforçant ainsi sa détermination et son courage. Edith prend ses marques, s’installe petit à petit dans le village et dans le paysage extérieur dont elle rêve. Au-delà d’un peu de sensorialité, le film montre beaucoup des regards très expressifs. Sheila Hancock a un regard qui exprime à la fois une mission intime et une mission découverte. Avec ses cadres, Simon Hunter montre que la persévérance et la liberté ne vienne pas avec la solitude et sans souffrance.

Ces deux épreuves forment une dualité, celle où Simon Hunter met en miroir le spectacle de la liberté avec le défi mental & physique. La liberté serait donc un spectacle, serait de nombreux plans larges et de travellings arrières pour montrer l’immensité et la beauté du paysage. Le défi mental & physique est plus nuancé, davantage dans des plans serrés pour laisser les dialogues s’exprimer et les interactions entre personnages prendre la place au-dessus des espaces. Cette mise en miroir est à la fois logique (pour capter les interactions entre personnages) et problématique, car l’épreuve sociale et la recherche de la liberté ne sont jamais au même niveau esthétique. Le film donne davantage l’impression que l’épreuve sociale se construit en dehors de l’épreuve physique, qu’il y a un temps pour chacun, mais jamais un temps pour les deux à la fois. Certes le montage permet une forme d’interaction entre les deux épreuves, mais les deux se construisent toujours séparément. Les espaces sociaux / mentaux et les espaces physiques sont malheureusement différents dans ce récit de résilience, même si le film réussit à garder une photographie toujours légère et chaleureuse.


EDITH, EN CHEMIN VERS SON RÊVE
Réalisé par Simon Hunter
Scénario de Simon Hunter, Edward Lynden-Bell, Elizabeth O’Halloran
Avec Sheila Hancock, Kevin Guthrie, Amy Manson, Paul Brannigan, Wendy Morgan
Royaume-Uni
1h35
18 Septembre 2019

3 / 5

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