Duelles

Duelles

Tout démarre bien : la caméra suit Veerle Baetens dans ses mouvements,sans aucune parole, tout en laissant le/la spectateur-rice imaginer la situation. Puis, l’actrice dans une seconde maison, en l’ouvrant discrètement avec des clés. Elle déambule dans cette maison,jusqu’à aller fermer les grands et larges rideaux du séjour. Puis,quelques instants après, la propriétaire des lieux revient, et finit par découvrir – avec surprise et étonnement – que les rideaux sont fermés. La caméra, face à Anne Coesens dans cette situation, change de point de vue et passe en subjectif à travers Anne Coesens. Vue sur les rideaux, la caméra et Anne Coesens s’ydirigent doucement. A ce moment précis, Olivier Masset-Depasse (le réalisateur) arrive à créer une ambiance tendue et inquiétante,entre thriller et film d’horreur. Mais l’ouverture des rideaux bien balayer tout cela. C’est le seul moment du film où il y a une idée concrète de mise en scène. Tout le reste du film, la mise en scène de Olivier Masset-Depasse suggère l’évidence, et prend le/la spectateur-rice pour un-e con-ne en surlignant chaque attitude, en mâchant le travail de réflexion. Ainsi, le/la spectateur-rice ne participe pas, et reste assis à suivre une mise en scène trop calculée.

La narration est tout aussi mâchée, surtout en suivant un ordre chronologique aussi bête que les dialogues interprétés. Tout est bien trop écrit, le scénario ne laisse aucune place à l’ambiguïté ni à un potentiel bouleversement de situation. Le récit est cadré dans le temps, et le film s’y retrouve coincé à partir du moment où l’accident se produit. Chaque nouvelle séquence se dévoile comme une étape supplémentaire vers la lutte finale. Mais ces étapes ne s’effacent pas les unes après les autres, au contraire, le film enchaîne et compile les séquences pour « mettre de l’huile sur le feu ». Sauf que ce n’est pas en ajoutant des scènes de confrontations qu’une narration progresse. Il faut laisser les personnages se développer d’eux mêmes, il faut leur laisser la liberté de se nuancer. Or, les personnages sont ici si stupides et clichés, qu’ils sont déjà tous condamnés vis-à-vis de la confrontation finale. On notera, notamment, le mari qui ne comprend évidemment pas sa femme et qui en devient méchant et violent. Cette femme qui pourrait évidemment faire preuve de paranoïa. La voisine qui joue les victimes alors que sa mise en scène est très froide.Le mari de cette voisine qui se résume à un homme torturé de l’intérieur, cassant le mobilier et s’enivrant dans l’alcool.

Ajoutez à tout ceci une esthétique absolument fade, qui comme la mise en scène, ne sait que faire. J’ai pu entendre, lors du débat après le film, que le réalisateur Olivier Masset-Depasse sait filmer les femmes. Or, ce n’est absolument pas un film sur les femmes. C’est purement un film qui développe d’abord son intrigue, cherche à dissimuler (en vain) des indices, et progresse selon le genre du thriller. A aucun moment le réalisateur ne se pose pour questionner la place de la femme dans la maison familiale, à aucun moment il prend son temps pour explorer la relation mère-fils (résumée à un amour protecteur – comme si on ne le savait déjà pas). Alors que le film se déroule dans les années 1960, il n’y a aucune exploration sur la place de la femme dans la société de 1960.L’époque du film se retrouve uniquement dans les décors, les costumes et les coiffures. Parce que c’est peut-être le seul élément assez intéressant de l’esthétique, vu que le film hésite constamment entre le thriller et le domestic drama. Dès qu’une situation se révèle un peu tendue, le montage revient aussitôt à la vie de ménage. Le réalisateur tente de créer un impact de la partie thriller (tellement pauvre et scolaire sur le cadrage) sur la partie domestique, mais l’ambiance ne tient jamais. Au montage, le réalisateur est obligé de combler son manque d’ambiance, à la mise en scène comme dans le cadrage, par l’ajout assommant de musiques. C’est simple : il y a des violons et du piano partout ! La même musique revient à chaque instant demandant un peu d’émotion ou de tension, surlignant et gâchant tout potentiel de mise en scène. On croirait voir un sous film raté de Soderbergh.


DUELLES
Réalisé par Olivier Masset-Depasse
Scénario de Olivier Masset-Depasse, Giordano Gederlini
D’après l’oeuvre de Barbara Abel
Avec Veerle Baetens, Anne Coesens, Mehdi Nebbou, Arieh Worthalter, Jules Lefebvres, Luan Adam

France, Belgique
1h37
17 Avril 2019 – distribué par Haut et Court

1.5 / 5

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